Journée d’automne de la Société de Médecine des Voyages en visioconférence
Voyages et Émergences
Vendredi 11 décembre 2020

Compte rendu : Docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS
www.acms.asso.fr

Avancées vaccinales COVID-19. État des lieux et perspectives pour 2021

Odile LAUNAY, Assistance Publique Hôpitaux de Paris Cochin, Paris

Le vaccin contre la COVID-19 a connu un développement accéléré.
La situation est sans précédent.
Il ne s’est passé que 6 mois entre la déclaration de l’épidémie et la mise en place de la phase 3 (où sont testées l’efficacité et la sécurité). Il n’a fallu que 10 mois et demi pour obtenir les premiers résultats d’efficacité clinique et moins d’un an pour débuter la vaccination.

Tout cela a été rendu possible par « les progrès scientifiques en immunologie et virologie, ayant permis par exemple le séquençage du coronavirus dès janvier, l’existence de technologies développées antérieurement pour d’autres vaccins en particulier en préparation d’une maladie infectieuse émergente qui ont pu être adaptées aux vaccins COVID-19, l’identification de la protéine S comme antigène de choix lors des épidémies de SARS et MERS, l’exceptionnelle motivation des équipes de recherche et des États pour le financement, la mobilisation des volontaires pour réaliser les essais cliniques rapidement et l’anticipation des industriels et des États pour le développement industriel de la production » .

Le 8 avril 2020, on dénombre 115 candidats vaccins dont 5 sont à ce jour en développement clinique.
Différentes technologies vaccinales ont été utilisées.
- des technologies vaccinales « classiques » : virus inactivés, vaccins sous-unitaires, ou VLP : virus like particules
- de nouvelles « plateformes vaccinales » utilisant des vecteurs viraux, réplicatifs ou non réplicatifs ou des acides nucléiques : ARN messager (ARNm), ADN ou peptides synthétiques.

Les vaccins acides nucléiques sont sûrs, faciles à développer et à produire. Plusieurs vaccins de ce type (ARNm) ont déjà été développés (zika, chikungunya, CMV…), mais ils ne disposent pas encore d’AMM (autorisation de mise sur le marché).
Du matériel génétique (et non le virus) est encapsulé dans des nanoparticules lipidiques pour améliorer l’entrée dans la cellule, fabriquant une protéine S, qui induit une réponse immunitaire.

Le vaccin Pfizer/BioNTech (États-Unis)

Les résultats de phase 3 du vaccin Pfizer/BioNTech (vaccin ARNm) ont fait l’objet de deux communiqués de presse en novembre 2020 et d’une publication dans The New England Journal of Medicine (NEJM) le 10 décembre 2020.

Les essais ont débuté fin juillet 2020 et ont concerné 44 000 participants dans 150 centres (États-Unis, Allemagne, Turquie, Afrique du Sud, Brésil, Argentine), dont 41 % étaient âgés de 56 à 85 ans.
La vaccination nécessite 2 doses 30 µg en IM à 3 semaines d’intervalle. Le vaccin est présenté en flacon multi-doses. Il doit être conservé congelé à -70° et reste stable 5 jours au réfrigérateur.

L’analyse de 170 cas de COVID symptomatiques a révélé 162 cas dans le groupe placebo et 8 dans le groupe vaccin ; et 10 COVID sévères dont 9 dans le groupe placebo.

Les capacités de production sont importantes : sont prévus 50 millions de doses en 2020, 1,3 milliards de doses en 2021.
La France recevra 15 % des 300 millions de doses achetées par l’Europe en 2020 et 3,5 millions au 1er trimestre 2021.

Le vaccin Moderna (États-Unis)

Le vaccin Moderna est aussi un vaccin ARNm.
Il nécessite 2 doses 100 µg IM à 4 semaines d’intervalle. Il doit être maintenu à -20°C et sa stabilité au réfrigérateur est encore inconnue.
Les essais de phase III qui ont débuté fin juillet ont regroupé 30 000 participants aux États-Unis, dont 7000 de plus de 65 ans et 5000 de moins de 65 ans présentant des facteurs de risque.
Une première analyse après 95 cas montre une protection de 94,5 % avec certains effets indésirables secondaires de grade 3 (c’est à dire impactant la vie quotidienne) : douleurs au point d’injection (2,7%), fatigue (9,7%), myalgies (8,9%), arthralgies (5,2%), céphalées (4,5%).
Une deuxième analyse après 196 cas (33 ayant plus de 65 ans) montre une protection de 94,1 %, avec 185 cas de COVID symptomatiques dans le groupe placebo, 11 dans le groupe vaccin ; 30 COVID sévères tous dans le groupe placebo et un décès toujours dans le groupe placebo.

Le vaccin AstraZeneca - Université d’Oxford (Royaume-Uni)

Il s’agit d’un vaccin utilisant un vecteur viral inactivé (adénovirus du chimpanzé) qui comprend un schéma à 2 doses IM. 
Il est conservé à +4°C.
Les essais ont été menés avec des schémas vaccinaux différents : soit une demi-dose suivie d’une dose complète en moyenne 84 jours après la 1ère dose ou deux doses complètes à 4 semaines d’intervalle.
Une première analyse après 131 cas confirmés fait état d’une protection combinée estimée à 70 % (90 % avec le schéma demi-dose suivie d’un dose complète et 62 % avec deux doses complètes).
Aucune hospitalisation ou cas grave de COVID-19 n’a été notifié chez les patients vaccinés.

Le vaccin Spoutnik V - Institut de recherche de Gameleya (Russie)

Ce vaccin est une association d’adénovirus recombinants non réplicatifs.
Il reste stable plusieurs mois à + 4°C.
Les essais de phase III menés sur plus de 16 000 participants ayant reçu 2 doses font état d’une efficacité estimée à 92 %, mais il s’agit de données préliminaires, n’atteignant pas la signification statistique.
L’observation des patients se poursuivra pendant 6 mois avant la présentation du rapport final.

Le vaccin Sinopharm (Chine)

Ce vaccin chinois à base de virus inactivé a une efficacité annoncée de 86 %, mais on manque d’informations.

La stratégie vaccinale française

« L’objectif de la vaccination contre le SARS-CoV-2 en France est de réduire la morbi-mortalité attribuable à la maladie (hospitalisations, admissions en soins intensifs et décès) et de maintenir les activités essentielles du pays et particulièrement le maintien du système de santé en période d’épidémie ».
La campagne de vaccination se déroulera en 5 phases en commençant par les résidents d’établissements accueillant des personnes âgées et résidents en services de longs séjours et les professionnels exerçant dans ces établissements qui présentent eux-mêmes un risque accru de forme grave en raison de leur âge (plus de 65 ans ou la présence de comorbidités).

Des questions en suspens

Cette nouvelle maladie, ce développement inédit, ces vaccins disponibles utilisant des technologies nouvelles suscitent des interrogations.
S’y ajoutent d’autres questionnements :
Quelles seront les difficultés en termes d’approvisionnement et de logistique ?
Quelle sera l’adhésion de la population ?
Quelle sera la durée de protection ? Y aurait-il nécessité de revaccination ?
Quid de la vaccination des personnes préalablement infectées par la COVID-19 ?
Quel vaccin pour quelle population ?
Quid de la sécurité ?

Une enquête menée en avril 2020 s’est intéressée aux attitudes des Français, si un vaccin contre la COVID-19 venait à être disponible : 77 % accepteraient le vaccin, 15 % le refuseraient car élaboré dans l’urgence et donc forcément dangereux, 2% le refuseraient car la COVID-19 n’est pas à leurs yeux une maladie dangereuse et 6% seraient contre de principe, car contre la vaccination en général.

NDLR : le 5 janvier 2021
Maintenant que le vaccin est disponible et fait preuve d’une efficacité démontrée, sans effets indésirables graves, les Français ne sont plus que 37 % à se dire prêts à se faire vacciner !
10 janvier 2021 : la cote de popularité du vaccin semble remonter.