Journée d’automne de la Société de Médecine des Voyages en visioconférence
Voyages et Émergences
Vendredi 11 décembre 2020

Compte rendu : Docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS
www.acms.asso.fr

Les voyages humanitaires

Marie JASPARD, ALIMA-Inserm1219, Bordeaux

L’intervenante nous a fait partager avec beaucoup d’enthousiasme, son expérience et son propre vécu de différentes missions humanitaires menées dans le cadre de l’Association ALIMA, dans plusieurs pays d’Afrique dans des conditions difficiles.

L’Association Alima (The Alliance for International Medical Action)

Il s’agit d’une organisation médicale humanitaire qui intervient lors de situations d’urgences ou de catastrophes. Son mode opératoire est basé sur le partenariat principalement avec des acteurs humanitaires nationaux et des instituts de recherche.

Depuis 2017, l’association ALIMA – Inserm dans le cadre de la plateforme CORAL (Clinical and Operational Research Alliance) a pour objectifs « de rapprocher les humanitaires des chercheurs, de proposer des projets de recherche opérationnelle, de diversifier les approches de la recherche, de maintenir une rigueur scientifique dans les projets de recherche, de se rapprocher des patients du Sud pour documenter les maladies négligées et de former les collègues africains à la recherche scientifique », et ce autour de deux pôles : Nutrition et santé materno-infantile / Maladies émergentes.

Un contexte éprouvant

Les lieux de prise en charge des patients se situent dans des zones souvent reculées, d’accès difficile, parfois en guerre. Ce sont le sud du Nigeria (prise en charge des patients atteints de la fièvre de Lassa dès 2017), la République Démocratique du Congo, notamment le Nord-Kivu, province de l’Est de la RDC (prise en charge des patients EBOLA en 2018-2019), le Burkina Faso et la Guinée en 2020 (ouverture de centres COVID-19).

Le tout dans un contexte d’insécurité majeure, où même les centres de soins sont attaqués par des rebelles ou des détenus sortis récemment de prison.
L’accès aux patients est souvent difficile (patients stigmatisés).

L’environnement est stressant : mortalité élevée des patients pris en charge, dont des enfants et des femmes enceintes, peur de la contamination, pression de la communauté et mauvaise acceptation par les familles, de l’isolement des patients.

Il faut également respecter sans cesse les règles de sécurité et les strictes obligations sanitaires malgré les contraintes. La température à l‘intérieur d’une PPE (Personal Protective Equipment) atteint 39 à 42°C. Il faut être obsessionnel sur la prévention et utiliser toutes les prophylaxies existantes. Cela est non négociable. La température et l’état de santé sont à surveiller constamment. Une évacuation sanitaire est quasiment impossible.

Le monde humanitaire a aussi ses exigences : hiérarchie bien définie, répartition précise des tâches, reporting, responsabilités.

Une nécessaire préparation au départ … et au retour

Ces multiples contraintes imposent aux humanitaires, une indispensable préparation au départ incluant la compréhension du contexte et le respect des règles de sécurité.

Si le départ est toujours très excitant, il faut bien le préparer pour vivre au mieux sa mission.

La condition physique des postulants au départ doit être excellente pour supporter le voyage, les conditions d’hébergement, le port des équipements de protection individuelle, la charge de travail (afflux de malades contagieux, mais aussi montée du niveau de prise en charge des patients : dialyse, oxygénothérapie, maniement des drogues vaso-actives, etc..).

Les vaccinations du calendrier vaccinal français seront à jour, auxquelles il faudra ajouter, selon les lieux et les circonstances, les vaccins fièvre jaune, hépatite A, rage, typhoïde.
La prévention antipaludique sera rigoureuse dans les régions où le risque existe.
Pour certaines missions, la vaccination contre la fièvre EBOLA est proposée. Elle se pratique sur la base du volontariat et un suivi rapproché des personnes vaccinées est mis en place. Son efficacité est discutable. Deux sites sont habilités en Île-de-France pour réaliser ce vaccin. Il est aussi proposé sur le terrain.

La préparation psychologique est tout aussi importante.
La personne sera robuste, solide et très motivée. Elle sera testée selon des protocoles pré-établis qui se doivent d’être rigoureux. La moindre hésitation sur de réelles motivations nécessitera le recours aux spécialistes.

A l’arrivée, il faut savoir que le protocole sera très cadré. Il faudra accepter de se plier aux exigences de la hiérarchie et de l’administration. Les nouveaux-venus seront confrontés à des corps de métiers inconnus qui viendront s’immiscer dans les décisions médicales et appliqueront des protocoles de prise en charge préétablis, parfois discutables sur le plan médical. Ce qui peut s’avérer déstabilisant.

C’est parfois aussi difficile d’être « blanc » dans une communauté africaine et il n’est pas toujours facile de s’imposer.

La préparation au retour est tout aussi indispensable : réintégration dans le milieu d’origine, éventuellement quarantaine, soutien psychologique parfois nécessaire, mais aussi bilan physique et prise en charge des pathologies du retour.