Journée d’automne de la Société de Médecine des Voyages en visioconférence
Voyages et Émergences
Vendredi 11 décembre 2020

Compte rendu : Docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS
www.acms.asso.fr

« Tours du monde »

Elizabeth NICAND, Responsable du Centre de Vaccinations Internationales (CVI), Hôpital d’Instruction des Armées Robert Picqué et Frédéric SORGE, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Necker

Un « tour du monde » est un voyage itinérant durant au moins trois mois et se déroulant sur plusieurs continents.

Selon une enquête française réalisée auprès de 524 personnes ayant répondu en ligne, le voyage dure 11 mois, 55 % des voyageurs sont des femmes, 45 % voyagent en couple, 37 % voyagent seul, 9 % en famille et 12 % entre amis.
Le budget est d’environ 15 000 € pour le voyage, 400 € pour l’assurance et 200 € pour la santé. Un arbitrage sera à faire d’emblée, car les vaccins, les répulsifs, les antipaludiques, les médicaments de confort dépassent largement le plafond. Il faudra donc faire des choix.

L’objectif de la consultation du voyage est de « prévenir la survenue des pathologies liées à ce long voyage dans un environnement aléatoire, d’éduquer les voyageurs à la prévention sanitaire pour les rendre autonomes et transmettre un accès à des recours éventuellement nécessaires pour les sécuriser ».

Dans plus de la moitié des cas, le voyage se déroule de l’Est vers l’Ouest. L’Asie est fortement représentée (surtout l’Asie du Sud-Est) et l’Australie, mais 97 % voyagent en Amérique du Sud (Bolivie, Pérou, Argentine, Brésil).

La consultation du voyage est souvent trop courte pour passer en revue tous les risques qui guettent le voyageur. Et plusieurs visites sont parfois nécessaires.

La première étape consiste à identifier le projet de voyage et les risques sanitaires : suivre sur une carte l’itinéraire prévu et le calendrier (risques différents en saison sèche ou en saison des pluies).

La deuxième étape est celle de l’évaluation du niveau de perception des risques sanitaires (notamment la gravité) et l’adhésion aux mesures préventives.
Il parait judicieux de proposer un questionnaire en salle d’attente, ce qui permettra d’appréhender le niveau de connaissance des candidats aux voyages et in fine favorisera une argumentation adaptée.
Les futurs voyageurs annoncent souvent avoir consulté les sites Internet spécialisés mais une enquête menée sur 73 sites Web en 2019 a conclu que seuls 28 % donnaient des informations pertinentes à l’attention des voyageurs. Il conviendra donc de rectifier les idées fausses glanées ici et là sur le Net.

Il faut ensuite vacciner et définir avec le voyageur une stratégie par rapport à son budget, son exposition au risque mais aussi sa volonté (voire ses possibilités) de revenir au CVI faire les rappels vaccinaux. Rien ne sert de commencer un schéma vaccinal à plusieurs injections si le programme est voué à être interrompu, faute de temps ou d’argent. Il faut aussi expliquer que la vaccination préventive contre la rage ne dispense pas d’injections complémentaires en cas de morsure, griffure ou léchage sur plaie par un animal inconnu.
Les vaccinations seront mises à jour en fonction des recommandations nationales et internationales et en fonction des risques épidémiologiques.
Il n’existe pas à ce jour, de recommandations internationales pour la vaccination contre la COVID-19. Certains États demandent aux entrants dans le pays de pouvoir justifier d’un test PCR négatif ; ce n’est pas pour autant un passeport de non contagion.

Il faut aussi tenir compte des spécificités du voyage, c’est à dire interroger sur les transports utilisés pendant le voyage (vélo, transports en commun) et les activités pratiquées (marche, escalade, alpinisme, plongée, rafting, etc.), qui font courir des risques supplémentaires.
C’est ainsi qu’il est indispensable

  • de parler de la leptospirose (1 million de cas graves par an dans le monde) s’il est prévu des activités de pêche en rivière, des activités nautiques en eau dormante, du canyoning mais aussi s’il existe des risques d’inondation (épidémies en Inde, Brésil, Philippines, voire Australie,..).
    La leptospirose est la première cause d’infection aiguë mettant en jeu le pronostic vital au retour du Sud-Est asiatique.
    Mais le vaccin proposé contre la leptospirose protège uniquement contre le sérotype Icterohemorragiae ;
  • ou d’informer sur l’encéphalite à tiques, en cas de périple à vélo en Mongolie ou d’un voyage en Chine (selon la saison).

Il faut transmettre des messages d’information sanitaire précis, car le voyageur sur place devra gérer les aléas de santé en totale autonomie. On trouve des recommandations (plus ou moins adaptées sur de nombreux sites), mais Frédéric SORGE (pédiatre) recommande particulièrement pour les enfants voyageurs, le site gpt.sfpediatrie.com/recommandations, qui propose des ordonnances-types et des recommandations à l’attention des médecins et des fiches conseils à l’attention des parents.

Il faut également prescrire les traitements prophylactiques, antipaludiques, symptomatiques, l’équipement sanitaire.
Les voyageurs seront informés du risque de paludisme (prévention antivectorielle et chimioprophylaxie individualisée en fonction du risque, en tenant compte du rapport bénéfice/risque, de l’existence de tests de diagnostic rapide, de la possibilité d’un traitement curatif « de réserve » en situation d’isolement), mais aussi des autres maladies à transmission vectorielle : dengue, chikungunya, infection due au virus du Nil occidental, zika, borrélioses, leishmanioses, trypanosomiases (maladie du sommeil, maladie de Chagas), des parasitoses (helminthiases, schistosomoses), des pyodermites (désinfection rigoureuse de toute plaie).

La prévention et le traitement de la diarrhée (principalement de l’enfant) seront indiqués. L’antibiothérapie ne sera administrée que s’il existe des signes de gravité et si une consultation est impossible dans les 48 heures.

Comme il est illusoire d’aborder tous les sujets, il faut limiter ses conseils au nombre de 3 (ceux qui paraissent les plus pertinents pour le voyage considéré), mais il faut donner des recommandations écrites et au terme de la consultation, questionner sur la compréhension des messages.

La trousse de voyage comportera les moyens de traiter les infections mineures, d’assurer les premiers soins, le traitement habituel en quantité suffisante (risque de médicaments falsifiés dans les pays en voie de développement), la protection solaire.

Il faut aussi donner les accès possibles à un recours médical le long de ce voyage itinérant et inciter les candidats aux voyages à se rapprocher des consulats, des ambassades et des assureurs dont certains proposent des téléconsultations (comparer les contrats en matière de couverture des frais de santé, d’hospitalisations, de soins infirmiers ou dentaires, de rapatriement, car certains font mention d’exclusions dans certaines circonstances).
Les voyageurs étant quasi tous hyperconnectés, il faut les inciter à s’inscrire sur Ariane (site web mis en place par le ministère des Affaires Étrangères et du Développement Industriel) pour être alerté en cas de crise lors d’un voyage à l’étranger.