Troisième séance exceptionnelle de l’Académie des Sciences
La vaccination vue sous l’angle de la Science et de la Médecine
17 décembre 2020

Compte rendu : Docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

La production des vaccins

Jean François SALUZZO, virologue, expert auprès de l’OMS, ancien directeur de la production de vaccins dans un grand groupe pharmaceutique (mais sans conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique).

Stratégie de développement d’un vaccin

L’industriel souhaite un retour sur investissement. Généralement, les virus émergents ne présentent guère d’intérêt pour l’industriel car l’horizon est incertain. Il faut donc que la maladie considérée soit cosmopolite et concerne des pays riches mais aussi que la maladie soit endémique.

Dans le cas de la COVID-19, les investissements publics mondiaux ont constitué un sérieux atout pour le développement de ces vaccins. L’OMS considère qu’ils ont atteint 30 milliards de dollars. Chaque année, ce sont 5 milliards de dollars que dépense l’industrie pharmaceutique pour le développement des vaccins.

De nouvelles stratégies ont été mises en place (création de plateformes vaccinales s’appuyant sur des travaux antérieurs) permettant d’aller très vite dans le développement de ces vaccins.
Le vaccin Moderna a été créé en 66 jours.

Sont venues ensuite les phases cliniques de développement des vaccins

  • La phase 1 concerne 30 à 40 sujets en bonne santé. Elle vise à déterminer la tolérance et l’immunogénicité du candidat vaccin.
  • La phase 2 nécessite la collaboration de 200 à 300 sujets. L’objectif est de continuer à vérifier la tolérance, l’innocuité et l’immunogénicité du vaccin et de définir la dose et le calendrier vaccinal.
  • La phase 3 est l’étude d’efficacité et de sécurité (étude bénéfice/risques). Elle représente un choix déterminant pour l’industriel qui investit au minimum pour sa réalisation, entre 500 et 600 millions de dollars. Il faut construire une usine spécifique pour ce vaccin, mobiliser un tiers des équipes de recherche au sein de la société avec un risque financier élevé. Mais dans le cas précis de ces vaccins contre la COVID-19, le risque financier était couvert par les États.

Les Russes et les Chinois n’ont fait qu’une phase 1 portant sur 80 personnes avec le projet de valider au fur et à mesure des vaccinations.
Le vaccin Spoutnik V ayant des similitudes avec le vaccin Oxford/Astra-Zeneca, les Russes se sont appuyés sur les études anglaises pour ajuster leurs résultats.
Le vaccin chinois est un vaccin inactivité très classique. Le risque est probablement très faible, mais on manque d’informations concernant sa protection.

Notons que les études de phase 3 ne datent que de 1981. Elles ont été réalisées pour la première fois pour le vaccin contre l’hépatite B sur 1086 volontaires.

Efficacité des Agences du médicament

Les études pivots que constituent les études de phase 3 permettent de définir les conditions et les précautions d’emploi du vaccin et à terme, de déposer des demandes d’AMM (autorisation de mise sur le marché) auprès des agences du médicament.

Le rôle de ces Agences : Food and Drug Administration (FDA) pour les États-Unis, Agence Européenne du Médicament (EMA) pour l’Europe et Agence Nationale de Sécurité sanitaire du Médicament et des produits de santé (ANSM) pour la France, a été majeur pour la mise sur le marché de ces vaccins.

Considérées comme particulièrement conservatrices, iI a fallu ce caractère d’urgence et une grande quantité de données très précises pour que ces Agences se « modernisent » et apportent des réponses positives.

Les Agences étaient peu habituées à examiner de nouveaux vaccins. En effet beaucoup d’entre-eux ont peu évolué au fil des ans : le vaccin contre la fièvre jaune est inchangé depuis 1930, celui de la poliomyélite depuis 1950 et le ROR (rougeole, oreillons, rubéole) depuis les années 1960.
Le seul exemple de vaccin de deuxième génération est celui de l’hépatite B.

Ces Agences ont réalisé un énorme travail car elles ont eu à examiner un grand nombre d’informations en un temps record et au fur et à mesure de leur délivrance sans attendre les dossiers consolidés.

Ce qui semble intéresser le plus les gens, ce sont les publications scientifiques (qui ne sont que le résumé des essais de phase 3) et qui émanent du laboratoire producteur.
Les autorisations émises par les Agences sont nettement plus rassurantes car elles s’intéressent à un grand nombre d’éléments : visite des usines, examen de la nature et de la qualité des matières premières, contrôle de la qualité de la réalisation, analyse des données animales et des résultats des études préalables.

Le rendement vaccinal : un point important

Les vaccins vivants atténués type rougeole sont des vaccins très faciles à produire.

Les vaccins inactivés type poliomyélite ou rage ont un rendement faible.

Sanofi Pasteur, le plus gros producteur mondial de vaccins contre la poliomyélite produit 150 millions de doses de vaccin inactivés mais dans le même temps, 4 milliards de vaccins vivants atténués. L’on comprend mieux désormais pourquoi le vaccin polio oral (vivant) a été choisi pour les campagnes vaccinales de masse.

Les vaccins sous-unitaires type hépatite B sont peu productifs.

Les vaccins ARN-m sont à l’étude depuis une dizaine d’années et des essais avaient déjà été réalisés chez les animaux.
Leur grand intérêt est leur facilité de fabrication et leur rendement très élevé : 100 fois supérieur à celui d’un vaccin inactivé, ce qui crée des possibilités de production très importantes. Mais a contrario, en cas de lot « raté » : ce sont plusieurs dizaines de millions de doses inutilisables.
Leur autre avantage est qu’ils ne sont pas produits sur des systèmes cellulaires ; nous sommes uniquement sur de la synthèse chimique, ce qui réduit le nombre de contrôles nécessaires par rapport aux vaccins classiques.
Mais le problème viendra des difficultés d’approvisionnement en matières premières.