Troisième séance exceptionnelle de l’Académie des Sciences
La vaccination vue sous l’angle de la Science et de la Médecine
17 décembre 2020

Compte rendu : Docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

La stratégie vaccinale et les principes qui devraient guider l’organisation des campagnes vaccinales

Patrick ZYLBERMAN, Historien de la Santé, Professeur émérite École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), Rennes

Le refus vaccinal est important en France. Le problème est que pour atteindre l’immunité collective, il faudra un certain nombre de personnes vaccinées.

Pourquoi déjà la vaccination des professionnels de santé n’est-elle pas obligatoire ? Interroge l’orateur, alors que la vaccination des soignants a une valeur d’exemple.

Quelles sont les bases de la légitimité de l’obligation vaccinale ?

La vaccination a un intérêt individuel : se protéger en limitant les formes graves pour les personnes âgées ou atteintes de comorbidités et en diminuant la mortalité liée au virus.
Nous sommes alors dans une logique médicale centrée sur l’individu et sur son libre-arbitre. Il fait le choix ou non de se faire vacciner.

La vaccination pourrait être envisagée comme un remède pour limiter la transmission de la maladie. Nous serions alors dans une logique de santé publique, incluant une protection collective centrée sur la solidarité.
Mais là ou le bât blesse ; c’est qu’il est impossible de savoir aujourd’hui si le fait d’être infecté mais vacciné limite la possibilité de transmission du SARS-CoV-2 (même si des expériences conduites chez les primates non humains semblent l’indiquer).

L’orateur met en avant le principe de non nuisance (John Stuart Mill, De la liberté, 1859) qui se définit ainsi : Chacun peut faire ce qu’il veut dans la mesure où il n’est pas une menace pour autrui, et c’est ce qui définit sa liberté.

Rapporté à la vaccination, on pourrait obliger les personnes qui représenteraient réellement un risque pour leur entourage à se faire vacciner. Mais si l’on prétend imposer, il faut du concret : c’est à dire que l’efficacité du vaccin contre la transmission soit bien établie.
Ce principe est conditionnel : c’est à dire qu’il y aurait obligation seulement si le refus vaccinal constituait un risque pour l’entourage.
Ce principe est individuel  : il concerne un individu donné en fonction de sa situation, de son comportement et de son entourage (environnement social/familial/professionnel).

Bien qu’il soit la conséquence d’une positon morale évidente, ce principe de non-nuisance n’est jamais cité en France. Pourtant il devrait se placer au centre de nos réflexions.