Action de sensibilisation portant sur l’hygiène alimentaire pour des travailleurs postés, menée par une infirmière en santé au travail

Déroulement du projet

Recueil d’informations

Dans un premier temps, il est important d’approfondir mes connaissances sur cette société.
Il s’agit d’une entreprise de propreté basée dans le Val-de-Marne dont l’activité est la collecte des déchets. Elle emploie 195 salariés vus en surveillance individuelle renforcée à 95 % tous les 2 ans, en alternance par le médecin du travail et l’infirmière en santé au travail (IST) dans le cabinet d’entreprise.

Elle dispose d’une convention collective et d’un CHSCT.

La fiche d’entreprise a été réalisée en 2012. L’IPRP et moi-même avons programmé le renouvellement de cette fiche en 2018.

Le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER) a été rédigé et mis à jour.

Pour effectuer cette sensibilisation, ma collègue infirmière en santé au travail et moi-même débutons par programmer des temps communs afin d’établir un plan d’action auprès de la secrétaire administrative.
La secrétaire de notre médecin nous renseigne sur la composition de l’entreprise : les métiers, les niveaux d’études, l’âge et le genre des salariés. C’est en effet elle qui remplit la fiche socio-administrative des salariés avant qu’ils ne soient vus par le médecin du travail. Nous apprenons que les salariés sont en très grande majorité ripeurs et chauffeurs poids lourds. Ce sont des hommes entre 30 et 40 ans qui ont un niveau d’études faible, avec un rythme de travail décalé, ce qui peut entraîner des risques pour la santé au niveau alimentaire.

Nous décidons une sensibilisation ludique et accessible à tous.
Après contact téléphonique avec la responsable de l’entreprise, nous la rencontrons. Elle souhaite une action en milieu de travail, avec pour objectif, la sensibilisation de l’ensemble des salariés de la société, aux bénéfices d’une bonne hygiène alimentaire en lien avec le travail, d’ici un mois.
Cette sensibilisation sera le moyen de faire prendre conscience aux salariés que cela les concerne individuellement, mais aussi d’améliorer la manière de s’alimenter en lien avec les exigences du travail.
Pour cette action, il faudra prendre en compte la particularité des contraintes de travail des salariés : les équipages chauffeurs et ripeurs arrivant en décalé à la fin de leur tournée.
L’employeur souhaite une intervention en milieu de journée car c’est le moment de croisement des équipes : fin de tournée pour ceux du matin qui travaillent de 6h à 14h et prise de poste pour ceux d’après-midi de 14h à 22h.
Nous occuperons les locaux à l’entrée du bâtiment car la salle de réunion sera utilisée par le CHSCT. La pièce est en longueur et dessert les vestiaires. Elle est bien éclairée. Elle a le grand avantage d’être un endroit stratégique car tout le personnel passe devant la machine à café avant ou après son travail.

Conception du projet

A notre retour, nous commençons par faire un plan des lieux et réfléchissons à notre projet de promotion en santé en tenant compte des contraintes exposées par l’employeur.
L’idée de plusieurs ateliers apparaît comme une évidence pour une bonne participation, avec tout d’abord un pot d’accueil pour nous laisser le temps de nous présenter et pouvoir amener progressivement les salariés à réaliser les différentes animations.

Il y a eu un temps de préparation, de documentation et de réflexion.

Après création d’un compte en tant que professionnel de soins en prévention, nous avons commandé des affiches et dépliants ainsi que le disque d’indice de masse corporelle sur le site de l’INPES, afin d’obtenir des outils visuels gratuits à mettre à disposition des salariés de l’entreprise.
Trois ateliers seront proposés pour cette action d’éducation pour la santé.

Les différents ateliers

Le premier atelier

Il constituera en une prise de conscience de l’état nutritionnel du salarié incluant le calcul de l’Indice de Masse Corporelle (IMC [1]), l’outil utilisé sera le disque de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), qui a été repris par Santé publique France en 2016. [Cf Annexe 1]

Une balance d’un des cabinets infirmiers du secteur sera utilisée pour la pesée qui se fera habillé avec les chaussures pour tous les salariés. Nous retirerons 3 kg à chaque personne portant des chaussures de sécurité et 2 kg aux personnels administratifs sans équipement de protection individuelle.

L’état nutritionnel est un élément clé de la prévention et de la prise en charge de nombreuses pathologies, c’est donc un paramètre essentiel. Il permet de définir la dénutrition comme l’obésité. Son calcul fait partie de l’évaluation de l’état de santé au même titre que la prise de la pression artérielle ; il est un élément de notre « trame infirmière », utilisée en entretien.

IMC (kg/m2)Interprétation (selon l’OMS)
Inférieur à 16 Anorexie ou dénutrition
Entre 16.5 et 18.5 Maigreur
Entre 18.5 et 25 Corpulence normale
Entre 25 et 30 Surpoids
Entre 30 et 35 Obésité modérée (Classe 1)
Entre 35 et 40 Obésité élevée (Classe 2)
Supérieur à 40 Obésité morbide ou massive

Un IMC en dehors de l’intervalle des valeurs de référence constituera un signal d’alerte incitant à une évaluation nutritionnelle plus détaillée avec évaluation quantitative et qualitative des apports caloriques et de la dépense énergétique ainsi que la recherche d’une pathologie associée.
Nous pourrons orienter ces salariés vers leur médecin traitant s’ils le souhaitent car le lieu ne se prêtera pas à une discussion plus précise : le lieu étant public ne garantira pas la confidentialité indispensable.

Le deuxième atelier

Il pourra débuter après le constat de l’IMC du salarié avec la présentation de l’affiche de l’INPES qui permettra de visualiser ensemble les groupes d’aliments, et de comprendre alors le bénéfice d’une alimentation variée et équilibrée.

Le message est le suivant :

  • boire de l’eau à volonté : l’eau est indispensable au bon fonctionnement de notre organisme, c’est elle qui étanche le mieux la soif et hydrate parfaitement, sans apport de calories ;
  • légumes et fruits : au moins 5 par jour, qu’ils soient frais, surgelés ou en conserve. L’eau qu’ils contiennent contribue à notre hydratation tandis que les fibres participent au bon fonctionnement intestinal. Ils jouent un rôle protecteur vis-à-vis de nombreuses maladies, comme les cancers, le diabète et les maladies cardiovasculaires ;
  • féculents à chaque repas : il s’agit de sucres lents. Ils constituent le carburant par excellence de notre organisme. Ils "calent" bien et permettent de tenir jusqu’au repas suivant sans céder à la tentation de grignotage. Ils sont savoureux et économiques. Privilégier ceux qui sont "complets" ou "semi-complets", car ils contiennent plus de fibres, de vitamines et de minéraux... et sont souvent plus riches en goût !
  • laitages : à consommer 3 fois par jour, pour le calcium. Les produits laitiers sont indispensables à la solidité des os, ils aident à conserver le capital osseux le plus longtemps possible ;
  • viande ou poisson ou œuf 1 à 2 fois par jour : les protéines interviennent dans la formation osseuse et dans la constitution et le maintien de la masse musculaire. Ces protéines participent à la défense de l’organisme en apportant vitamine B12 et fer ;
  • matières grasses et produits sucrés, salés : sont à limiter.
  • Selon le Programme national nutrition santé (PNNS), un bon état nutritionnel s’entend comme l’équilibre entre les apports liés à l’alimentation et les dépenses occasionnées par l’activité physique.

Le troisième atelier

Il sera ludique et pratique.
ll partira du constat de l’alimentation réelle du salarié.
Nous avons mis en place une table avec trois assiettes, représentant le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. Autour, nous avons préparé des cartes plastifiées représentant des aliments, appartenant à différents groupes. [Cf. Annexe 2]
Ce sera aux salariés de nous indiquer la composition de leurs repas sur l’ensemble de la journée.
A partir de cette observation, nous pourrons faire de la prévention primaire et expliquer l’intérêt de l’équilibre alimentaire à partir de leurs habitudes de consommation.
Nous adapterons nos conseils en fonction de l’IMC et de la compréhension individuelle du deuxième atelier sur les groupes d’aliments.

Des exemples

Pour terminer cette sensibilisation, nous avons créé une fiche [Cf.Annexe 3] avec des idées de collations nutritives possibles pour les chauffeurs et ripeurs qui ont des heures décalées, pour limiter les risques de mauvaises habitudes hygiéno-diététiques.
Cette fiche est remise à chaque salarié ainsi qu’une proposition de documentation [Cf. Annexe 4] venant de l’INPES afin d’approfondir et de relire les conseils donnés ce jour.
La collation doit fournir à la fois des glucides et des protéines. Les glucides fournissent de l’énergie rapidement et les protéines renforcent l’organisme et cet ensemble crée un effet de satiété.

Évaluation à chaud

Nous avons tout de suite pu évaluer la satisfaction et l’intérêt des salariés pour notre action, car ils sont venus vers nous individuellement et sans a priori. Les conseils ont été considérés utiles, simples, adaptés et applicables.
Les salariés ont été curieux et preneurs de conseils.

À la fin des ateliers, certains ont pu discuter ensemble de leurs pathologies (diabète ou maladie cardiovasculaire). La parole s’est libérée autour de l’alimentation, et certains d’entre eux se sont donné des idées et conseils « moi j’ai l’habitude de cuisiner, de préparer plus de nourriture la veille pour manger le lendemain » « tu veux que je te donne une recette facile et pas chère ? » « l’infirmière a raison, je ne mange jamais de poisson et toi ? ».
Une feuille de présence n’a pas été mise à disposition mais l’intégralité des travailleurs de cette journée a été vue.

J’ai proposé comme axe d’amélioration, un questionnaire à froid pour évaluer l’impact de notre action. Il sera présenté lors du prochain CHSCT afin de valider ensemble les questions, puis sera remis à chaque salarié.
Finalement, le CHSCT n’a pas souhaité le mettre en place pour des raisons d’organisation.

En plus de ce questionnaire, nous souhaitons un outil pour mesurer l’impact réel sur l’IMC des salariés.
Lorsque nous reverrons en entretiens infirmiers, les salariés de cette entreprise courant 2019, nous les questionnerons de manière à évaluer la compréhension de notre sensibilisation et la mise en application avec peut être et nous l’espérons, une modification de leurs habitudes alimentaires avec des indicateurs en baisse.

Cette action en milieu de travail était ma première expérience en tant qu’infirmière en santé au travail. J’ai aimé partager en équipe avec mes collègues afin de réaliser une action adaptée à la demande de l’employeur et aux salariés concernés.
Le contact avec les salariés a été enrichissant : ma collègue et moi-même avons dû nous adapter aux coutumes et cultures de chacun, les plats africains (mafé, tieb et tiep) nous étaient inconnus avant notre action. Nous sommes partis de leurs habitudes de vie pour leur faire comprendre les besoins nécessaires à leur organisme pendant les heures de travail et le bienfait d’une alimentation équilibrée.

Pour aller plus loin dans une démarche de prévention collective, nous avons proposé à un membre de comité d’entreprise qui nous a sollicités, de réfléchir ensemble au réaménagement de la composition du distributeur à friandises et boissons, situé à l’entrée des locaux.


[1]