Maintien dans l’emploi et Santé au Travail : à propos d’un cas de greffe pulmonaire

Étude de poste et rencontre avec l’employeur

Réalisée par le médecin du travail ou un membre de l’équipe pluridisciplinaire, l’étude de poste est un des éléments clés pour la reprise du travail. Elle doit être faite en détail pour Madame D., avec comme priorité les éléments du contexte professionnel qui pourraient être dangereux ou préjudiciables pour sa santé.

Madame D. travaille comme agent d’accueil dans une résidence pour personnes âgées. Assise derrière un comptoir de réception, elle est chargée d’orienter les personnes qui se présentent, de répondre au téléphone, de répondre aux sollicitations des résidents (renseignements divers, identification de problèmes dans les appartements, réservation de table au restaurant), de conserver leur clef en leur absence, de distribuer le courrier.
Elle dispose d’un ordinateur et elle travaille face à des écrans qui transmettent les images des caméras de sécurité.
Les locaux sont propres, bien aménagés. Le hall où est implanté son poste de travail est préservé du froid ou des courants d’air grâce à un sas avec portes automatiques.

Prenant en compte son état de santé, on met en évidence plusieurs tâches qui méritent d’ être aménagées ou supprimées :

  • les agents d’accueil reçoivent livraison d’un sac de courrier à destination des résidents, qu’il faut porter pour la répartition : or, le port de charges est problématique pour Madame D. qui, physiquement, est fatigable et souffre de douleurs thoraciques séquellaires de l’intervention chirurgicale ;
  • les personnes âgées disposent d’alarme. En cas de problème dans leur appartement : l’agent d’accueil doit se déplacer pour aider et appeler les secours. Dans ce cas, il peut y avoir un dégagement de fumée (début d’incendie), une personne au sol à relever, etc... : Madame D. doit non seulement se protéger de toute inhalation de fumée, mais ne pourra pas non plus aider à la mobilisation de la personne ;
  • un employé lustre régulièrement le sol en marbre du hall d’entrée : la cireuse peut produire des poussières et aérosols irritants s’ils sont inhalés, ce qui est formellement contre-indiqué à Madame D. ;
  • les travaux de maintenance du bâtiment peuvent exposer occasionnellement à des poussières, solvants, peintures ;
  • dans le hall, on remarque un grand vase avec des fleurs fraîches, dont l’eau n’est pas changée quotidiennement, source potentielle de contamination microbienne ;
  • les plannings alternent les horaires dans la semaine : tantôt du matin (7h30 – 15h00), tantôt du soir (14h30 – 21h30). Les horaires du matin obligeraient Madame D. à se lever à 5h30 pour faire ses soins et venir sur son lieu de travail, ce qui serait préjudiciable en termes de récupération physique.
  • Le week-end, l’agent d’accueil est seul et ne peut donc pas quitter son poste sauf très brièvement : Madame D. devra pouvoir s’absenter pour faire ses injections d’insuline. Par chance, les locaux lui permettront de s’isoler quelques instants sans trop s’éloigner.

Le médecin du travail a un entretien avec l’employeur dans les suites de l’étude de poste.
Madame D. travaille depuis 20 ans dans cette entreprise. Elle est bien connue, appréciée pour son professionnalisme et ses qualités relationnelles.
Le directeur de l’établissement a vu l’état de santé de Madame D. se détériorer avant sa greffe.
Il fait remarquer à plusieurs reprises le courage exceptionnel de la salariée qui poursuivait son activité professionnelle, malgré une grande fatigue et une dyspnée d’effort de plus en plus invalidante. Il explique que son retour au travail est à la fois source d’espoir après plus d’un an d’absence, et source d’appréhension pour bien organiser la reprise.
Toutes les éventuelles difficultés sont énumérées : conditions de travail, hygiène, préconisations, restrictions, planning : aucun détail ne doit être laissé au hasard, pour ne pas être pris au dépourvu le jour de la reprise.