Et si le maintien dans l’emploi
contribuait à faire évoluer l’entreprise

Comment la démarche de maintien dans l’emploi menée avec l’ergonome contribue à faire évoluer l’entreprise ? Discussion.

Ces deux exemples participent d’une même stratégie : rendre visible, l’invisible.
Produire des connaissances par l’observation et l’évaluation des activités, à partir d’une situation à risque, le chauffeur poids lourd avec des restrictions d’aptitude ou non, l’employé de ménage dans un poste connu comme « léger », les analyser, partager les constats avec l’employeur conduit à une réflexion plus large.
Après un temps d’appropriation de l’étude et des pistes d’amélioration proposées sur le plan individuel, l’employeur met en œuvre un plan d’actions et peut s’appuyer sur ce travail pour prolonger la réflexion à d’autres situations : mieux organiser la communication entre le service de réfection des sols et celui des travaux ou motoriser les chariots de manutention de toutes les équipes ménage.

Ainsi, en installant durablement des actions inscrites dans des systèmes de management, notre démarche a participé à mieux adapter le travail mais aussi à favoriser l’évolution de l’entreprise : déploiement d’innovations technologiques, réflexion sur l’organisation du travail au bénéfice des équipes… Et d’une action de prévention secondaire (adapter le poste de travail dans le but de maintenir le salarié dans son emploi), voire tertiaire (appui de l’assistante sociale) initiée par le SIST, l’entreprise évolue vers une démarche de prévention primaire qui bénéficiera à tous les salariés en rendant les postes de travail accessibles au plus grand nombre.

Par ailleurs, notre société s’interroge sur le « suivi »1) des populations atteintes de pathologies qui ont un impact important sur leur activité professionnelle : maladies chroniques, handicap, vieillissement. « Avec la prévention et la prise en charge précoce des TMS en entreprise »1), ce sont 2 axes prioritaires, pour les équipes pluridisciplinaires des services de santé au travail.

Ainsi nos observations, nos constats et les échanges avec l’entreprise nous permettent aussi d’être acteur dans la politique de l’emploi et de participer à diminuer l’absentéisme : évolution du regard de l’entreprise, des collègues et du salarié lui-même…

Une étude [Coll-Cabarrus M., Chadili N. (2018). Maintien dans l’emploi des salariés atteints de maladie chronique : quel facteur principal de réussite ?] réalisée par le service a montré que le facteur principal de réussite de maintien en emploi du salarié est la présence d’un collectif de travail soutenant. C’est aussi le constat de l’ergonome dans l’exemple du chauffeur. Encourager les entreprises à améliorer les conditions de travail, notamment organisationnelles, pour faciliter le maintien en emploi aura un retentissement positif pour l’ensemble des salariés.

Enfin, nous pouvons nous demander en quoi les interventions de courte durée de l’ergonome dans un service de santé au travail peuvent favoriser le maintien en emploi et initier une évolution dans l’entreprise ?

Lorsqu’une problématique de maintien en emploi émerge, l’entreprise attend des intervenants réactifs. L’intervention de courte durée va pouvoir apporter une réponse de premier niveau et ouvrir la réflexion. L’entreprise se saisit alors des constats et l’équipe santé assure une continuité dans l’accompagnement : recueillir les retours d’informations et initier des compléments d’intervention, des suivis, des réévaluations des situations, des échanges avec les différents professionnels de l’équipe. Ainsi, cette intervention de courte durée s’inscrit dans une dynamique globale de prévention des risques à moyen, voire long terme auprès de l’entreprise.

Cependant, des limites s’imposent à nous : le temps à partager entre les différents adhérents et la gestion des agendas face à la multiplicité des demandes. Mais aussi la contrainte d’une commande imposée par un tiers à une entreprise (devant une situation de maintien en emploi) qui a priori n’était pas demandeuse, ce qui suppose une discussion, un lien de confiance à construire en amont et de saisir une opportunité de passer d’une intervention individuelle à une action collective. Nos propositions sont alors d’autant mieux acceptées qu’elles sont initiées à partir d’un regard axé santé.