Symptômes évocateurs d’asthme chez les coiffeuses à Parakou, Bénin

Introduction

L’asthme est l’une des maladies chroniques les plus répandues dans le monde, avec en moyenne 339 millions de cas selon le dernier rapport de Global Asthma Network en 2018 [1]. Sa prévalence semble en augmentation dans de nombreux pays [1 ;2]. Les conséquences de cette affection sont importantes. En effet, les asthmes mal pris en charge ne sont pas contrôlés, et ont pour conséquence, de forts risques de devenir sévères, avec des recours plus fréquents aux urgences et des hospitalisations [1 ;3]. Ainsi, en France, la maladie serait responsable de 200 000 passages aux urgences et d’au moins 100 000 hospitalisations annuelles [4]. Le pronostic vital peut être mis en jeu lors des asthmes aigus graves [1 ;3]. Les patients mal contrôlés ont aussi une altération de leur qualité de vie [1 ;5].
Les coûts directs liés aux soins et indirects en rapport avec l’absentéisme scolaire ou professionnel sont énormes [3]. Dans les pays en développement qui sont caractérisés par un sous-diagnostic et des difficultés multifactorielles pour une prise en charge correcte, mêmes si ces conséquences restent sous-évaluées, elles semblent potentiellement plus fréquentes que dans les pays développés [6].
Les facteurs déclenchants des crises chez des individus prédisposés sont multiples ; les facteurs professionnels seraient en cause dans 5 à 20% de l’ensemble des cas d’asthme [7 ;8].
L’asthme professionnel est connu comme l’une des plus fréquentes maladies respiratoires professionnelles [8]. Près de 300 agents étiologiques ont été recensés dans le monde [8]. Les prévalences de l’asthme professionnel sont très variables selon l’agent en cause et d’une étude à l’autre. Les raisons sont entre autres, l’utilisation de définitions et d’outils diagnostiques variables d’une étude à l’autre [9]. Parmi les professions les plus à risque, le métier de coiffeur arrive en bonne position [9 ;10]. La coiffure fait partie des principaux métiers pourvoyeurs de 50% des cas d’asthme professionnel [7]. Il s’agit d’une profession très prisée dans les pays en voie de développement, en particulier par les femmes [1].
Dans la littérature, il existe peu de données dans le monde et particulièrement en Afrique subsaharienne [6] sur l’asthme chez les coiffeurs. Cependant, même si la confirmation diagnostique peut ne pas être aisée, la connaissance de l’ampleur des tableaux évocateurs d’asthme professionnel parmi les coiffeurs devrait être plus accessible. En effet, selon les conclusions de Demange V. et coll., qui ont conduit une étude épidémiologique multicentrique sur le repérage de l’asthme lors du suivi individuel de l’état de santé au travail, l’absence de diagnostic d’asthme posé ne suffit pas à exclure un asthme en relation avec le travail [11]. Selon les auteurs, un auto-questionnaire simple permet de repérer les salariés avec des symptômes respiratoires potentiellement en lien avec le travail. L’utilisation de cet outil serait particulièrement pertinente auprès des salariés travaillant dans des secteurs à risque d’asthme professionnel ou potentiellement exposés à des facteurs d’aggravation de l’asthme comme la coiffure [11].
Au Bénin, malgré le nombre élevé de travailleurs exerçant ce métier, il n’existe aucune politique de prévention de l’asthme dans le secteur de la coiffure ; les professionnels concernés relevant pour la plupart du secteur informel. Toutefois, à l’instar des autres asthmes professionnels, l’asthme chez les coiffeurs est réparé par le tableau 72 des Maladies Professionnelles (MP) inclus dans le décret n°2013-50 du 11 février 2013 portant liste des MP et de ses annexes en République du Bénin.
Les objectifs dans ce travail préliminaire réalisé à Parakou (la principale ville du nord du pays), était d’étudier d’une part la prévalence et les facteurs associés aux symptômes d’asthme parmi les coiffeuses et d’autre part, d’évaluer leur connaissance sur le risque respiratoire potentiel lié aux produits manipulés en vue d’orienter des actions de prévention.