Une Obésité maîtrisée : le parcours d’un salarié

Les suites opératoires

Une complication précoce est survenue en postopératoire immédiat : une sténose gastrique avec dysphagie et vomissements, mais due à un œdème transitoire, donc de résolution spontanée.

L’alimentation est désormais obligatoirement fractionnée en six petits repas quotidiens (petit-déjeuner, collation en milieu de matinée, déjeuner, collation dans l’après-midi, diner le soir, collation au coucher). Les boissons sont décalées par rapport aux repas.

Il a déjà perdu 18 kg (pertes liquidiennes, fonte graisseuse et musculaire). Il se sent fatigué et irritable.

Il a pris au début, quelques libertés avec les recommandations de la diététicienne, ce qui l’a conduit à deux malaises hypoglycémiques survenus à son domicile, heureusement en présence de son épouse.

Cette dernière l’a beaucoup aidé, encouragé et soutenu pendant cette période où il n’avait pas toujours le moral.

Mais tout lui parait beaucoup compliqué maintenant qu’il reprend son travail car il ne veut pas « avouer » à ses collègues qu’il a été opéré. Mais alors comment leur dire qu’il ne peut plus déjeuner avec eux ?

Et comment enfiler sa tenue de travail devant ses compagnons de travail, car les vestiaires sont collectifs. Il faut en effet se dévêtir partiellement et on ne manquera pas de se moquer de lui avec ses excédents de peau au niveau des bras et de l’abdomen. Déjà ce matin il a croisé Gérard, qui l’a accueilli en ces termes : "qu’est ce qui t’est arrivé ? Tu es passé sous un rouleau compresseur ?"

Je lui confirme que bien évidemment, je respecterai le secret médical mais je lui fais comprendre qu’il lui sera bien difficile d’expliquer son changement physique, d’autant qu’il va continuer à perdre du poids. Je le sens mal à l’aise.

Il a en réalité mauvaise conscience d’avoir eu des arrêts de travail pour ce motif, alors que ses collègues ont dû mettre « les bouchées doubles » pour le remplacer pendant son absence.

" Et regardez ce que je vais coûter à la Sécurité sociale maintenant avec

  • des bilans sanguins tous les trois mois pendant deux ans, puis 1 fois /an pendant des années pour dépister les carences en protéines, fer, vitamines…., surveiller la glycémie, l’ionogramme, etc…
  • des prescriptions probables de compléments alimentaires,
  • des consultations régulières chez le nutritionniste, le diabétologue, le cardiologue, le psychologue,
  • des soins de kinésithérapie pour me remuscler,
  • et d’autres opérations pour enlever les excédents de peau….

Je me demande si j’ai fait le bon choix ! "

Le découragement est habituel en postopératoire. Il faut s’habituer à ses modifications corporelles et accepter le regard des autres.

Je le rassure en lui expliquant que s’il était resté obèse, ses comorbidités se seraient aggravées et qu’il aurait encore coûté plus cher à la collectivité, que son espérance de vie aurait été réduite, qu’il aurait dû abandonner son métier ou au moins en changer.

En effet, il est bien démontré qu’en termes économiques, la prise en charge chirurgicale de l’obésité y compris des complications et du suivi des opérés coûte moins cher à la société que la prise en charge des patients non opérés.

De toute façon, l’opération est irréversible et il n’a pas le choix.

Nous discutons ensuite sur l’inopportunité de continuer les chantiers qui l’éloignent de son domicile et le contraignent à dormir loin de chez lui.
Un aménagement de poste va être demandé à l’employeur. Il est bien conscient de cette nécessité et de son côté, son épouse a fait la démarche pour ne plus travailler de nuit afin d’être présente auprès de lui le soir, pour le soutenir et l’aider à supporter ses nouvelles habitudes alimentaires.

Il reprendra le travail dans trois semaines.

Je le revois lors de sa reprise de travail. Finalement il a informé son employeur de la nature de son intervention, qui l’a félicité et encouragé à persévérer. L’aménagement de poste a été bien compris par l’employeur qui a trouvé assez vite un volontaire. Yves a aussi l’intention d’avertir ses collègues de l’intervention dont il a bénéficié, pour éviter des rumeurs de maladies qui lui seraient préjudiciables.

Il est bien conscient qu’il lui faudra éviter la "case" restaurant à l’issue des réunions de chantier.