Évaluation des risques liés à la manutention manuelle et aux gestes répétitifs dans une pharmacie hospitalière de la région Auvergne-Rhône-Alpes

Discussion

Les trois secteurs « l’AP, la DJIN, et la livraison » obtiennent ou réalisent les scores globaux les plus élevés. Ce qui pourrait s’expliquer par la présence d’un maximum d’activités de manutention et de situations d’exposition aux gestes répétitifs, mais aussi par l’existence d’activités spécifiques liées à ces postes, à savoir :

  • à l’AP avec la manutention des « cocottes » (17-21 kg vides) à la filtration, des glacières à la salle d’étiquetage, des cartons et des chariots à la réserve AP qui est quotidienne ;
  • à la DJIN avec l’intensité de la manutention des bacs le premier et dernier jour de la semaine, le déconditionnement des cartons, la préparation des boites etc... ;
  • et à la livraison où tous les facteurs de risques convergent, notamment lors de la préparation des chariots, rolls, palettes avant et pendant la dispensation. Parmi les onze postes étudiés, quatre avaient les scores globaux les plus élevés. La pénibilité de ces postes démarque le secteur DJIN par sa forte représentativité.

Après analyse, dans chaque catégorie, un facteur de risque était plus représenté.
Lors de la réalisation des tâches, 51,52% des postes nécessitaient « d’étendre les bras loin vers l’avant, à plus de 40 cm du corps pour saisir la charge », ce facteur pourrait s’expliquer par sa forte représentativité, notamment lors de la préparation des bacs (qui consiste à aller chercher les médicaments dans les rayons ou sur les palettes), à la réception lors du déconditionnement des cartons, etc... ; ainsi cette posture pourrait entraîner une chute de la charge et une fatigue musculaire [6].
La manipulation des objets dont le poids avait mal été évaluée (prévalence de 33,33%) entraînait la manipulation d’objets dépassant 25 kg pour les hommes en position débout, 15 kg pour les femmes en position débout ou 4,5 kg en position assise (27,27%).
Lors du transport de charges, 45,45% des postes nécessitaient de parcourir une distance de plus de 2 m (en cas de manutention répétitive). Mais aussi, lors de la poussée ou de la traction, le poids du chargement pouvait dépasser 600 kg pour un transpalette, 300 kg pour un chariot. Cette situation était identifiée à deux postes uniquement « réception, AP-réserve » et pourrait être à l’origine de fatigue musculaire ou de lésions au niveau de la colonne vertébrale (efforts de torsion) [6].
La forte prévalence de l’exécution des tâches en urgence pourrait s’expliquer par le fait que dans une structure hospitalière, il y a encore plus que dans d’autres secteurs, des horaires à respecter, d’où la sollicitation en urgence de certains secteurs comme l’AP BAXA, le Box Piker en cas de rupture imminente de stock, ou lors de la dispensation des médicaments dans les différents services, etc.…

Pour analyser nos données, nous avons procédé à un recodage des variables en trois modalités : 0 (« rarement »), 1 (« intermédiaire) et 2 (« souvent »), ce qui nous a permis d’identifier les facteurs de risques les plus fréquents dans chaque catégorie de poste.
Aussi ce recodage a permis la création d’un score pour chaque catégorie de risques, et la somme de ces scores a généré un score global allant de 0 à 52.
La création de ce score global et sa classification en trois catégories pour la pénibilité ont permis de déterminer la pénibilité de chaque poste et de les prioriser.
Cependant un autre recodage des variables et des scores aurait été possible et aurait pu donner des résultats différents de celui de notre étude. C’est-à-dire que nous aurions pu avoir deux classes de pénibilité qui n’auraient tenu compte que des deux extrêmes de pénibilité ; or entre ces deux extrêmes une autre classe aurait pu se retrouver. En somme, l’objectif de ces classifications serait le même, c’est-à-dire de fixer des priorités pour la prévention au niveau des postes de travail.
Notre étude a permis d’illustrer l’intérêt de la méthode FIFARIM dans l’évaluation des risques liés à la manutention manuelle.

Cependant dans la littérature, d’autres méthodes ont été utilisées pour évaluer ce type de risques, comme c’est le cas dans « Évaluation des risques des opérations de manutention manuelle au travail avec la méthode indicatrice clé (KIM-MHO) - détermination de la validité du critère concernant la prévalence des symptômes musculosquelettiques et des conditions cliniques dans une étude transversale », qui évalue les niveaux d’exposition spécifique aux opérations de manutention manuelle [7]. La méthode des indicateurs clés (KIM-MHO) a prouvé sa validité en référence à la prévalence des troubles musculosquelettiques (TMS).
Elle utilise des scores de risque. Les scores de risque ont été classés dans les catégories de risque 1 - faible risque (groupe de référence), 2 - risque accru, 3 - risque hautement élevé et 4 risque élevé.
Cette méthode a une approche similaire à la méthode FIFARIM, mais ne permet pas d’identifier la pénibilité des postes de travail, comme c’est le cas avec la FIFARIM.

Une autre étude sur « Évaluation causale de la manutention manuelle au travail ou assistance aux patients et lombalgie : résultats d’une revue systématique » a utilisé une échelle modifiée de Newcastle-Ottawa (NOS) pour des études d’observation s’appuyant sur divers critères de Bradford-Hill pour la causalité, pour chaque catégorie de manutention manuelle ou d’assistance aux patients et le type de LBP [8]. Cette méthode n’a pas permis de soutenir une association causale entre la manutention manuelle au travail ou l’assistance aux patients et à la LBP dans un cadre de Bradford-Hill. Elle n’a permis d’identifier, ni les postes de travail les plus pénibles, ni les catégories de risques présentant une forte pénibilité, pas plus que la prévalence des TMS de la méthode KIM-MHO. Les résultats obtenus par ces deux approches ne sont pas comparables aux résultats de notre étude.

La restitution des résultats aux cadres de la pharmacie, a donné lieu à des discussions et des propositions de prévention. Les cadres jugeaient que l’alimentation parentérale (AP) et la radio-pharmacie étaient les secteurs ayant le plus de tâches de manutention manuelle et de gestes répétitifs et que la radio-pharmacie était aussi pénible que l’AP. Ils ont regretté que nous n’ayons pas fait de pondérations pour le nombre de flacons utilisés ou de cocottes manipulées par jour.
La tâche la plus pénible au secteur livraison était le port des rolls de dialyse.

A cet effet, ils ont proposé des mesures de prévention notamment :

  • Bacs adaptés à la taille des rolls.
  • Chariot élévateur.
  • Cocotte hyper légère pour les PPH à l’AP filtration.

* PPH : Préparateurs en pharmacie.
* LBP : Low Back Pain (Douleur dans le bas du dos).

Aussi les cadres ont souligné que la formation adaptée aux gestes et postures était trop ancienne et qu’elle devait être proposée régulièrement. Un fait a retenu leur attention : le secteur des DM n’a pas été pris en compte dans notre étude.
Selon les cadres, notre outil n’a pas pris en compte d’autres risques comme « le bruit, la chaleur à l’AP (filtration et BAXA) et le froid au laboratoire de l’AP », mais cela pourrait faire l’objet d’une autre étude.