Le maintien dans l’emploi d’un salarié atteint du syndrome d’Alport

Second entretien infirmier

À la suite de cette présentation, je revois Mr P., afin de connaître son ressenti sur ce nouveau poste aménagé et recueillir les éventuelles difficultés rencontrées.

Au cours de cet entretien, je lui signale qu’il peut bénéficier de matériel ou de logiciels conçus pour soulager son handicap (tels que des écrans adaptés à ses troubles de la vue et autres dispositifs) lui permettant par exemple de lire ses fiches de préparation.
Mr P. me répond alors qu’il ne souhaite pas pour le moment les demander, non pas par absence de besoin, mais par peur d’être « montré du doigt » par ses collaborateurs ou sa hiérarchie.

Il me signale avoir augmenté la taille des caractères sur son écran d’ordinateur, ce qui lui suffit pour l’instant mais avoue avoir des difficultés à lire les fiches pour la préparation des repas, ce qui occasionne de fréquentes erreurs de sa part, mais il ne souhaite rien modifier pour l’instant « ne voulant pas dévoiler son handicap visuel à ses collègues ».

Au cours de cette visite, Mr P. que je rencontrais initialement tendu, anxieux et découragé, apparaît maintenant souriant et loquace, tant sur sa situation professionnelle que personnelle (marqueurs positifs et encourageants de sa prise en charge par le service de Santé au Travail).
En effet, il m’apprend que son dossier RQTH a bien été pris en charge et qu’il est en attente de reconnaissance.

Il a consulté son ophtalmologiste en janvier 2017, ayant pris conscience que sa vue s’était détériorée et, à juste titre, il porte des lunettes de vue.
L’ophtalmologiste lui a proposé une nouvelle intervention (le cross linking) afin d’améliorer sa vision, mais il est réticent par crainte du résultat et peur de la douleur que pourrait engendrer cette opération.

Le cross linking consiste à appliquer une solution photosensible sur la cornée et à l’exposer à une faible dose de rayons ultraviolets, afin de la stabiliser et de la renforcer.

Il a repris contact avec son néphrologue en janvier 2017 et suit un nouveau traitement. Il est bien conscient de la gravité de sa situation (il a une insuffisance rénale de stade 3). Un réel suivi est maintenant mis en place et un rendez-vous de contrôle est fixé en juin 2017.

Concernant la prise de rendez-vous avec l’ORL que je lui avais suggérée, il a reconnu ne pas encore avoir pris le temps de faire les démarches, mais assure qu’il va y songer rapidement. Cela, notamment au regard de la gêne occasionnée au quotidien (il doit souvent faire répéter ses collègues).

Je lui apporte de nouveau des précisions sur la possibilité d’une prise en charge partielle d’un appareillage auditif, d’un écran d’ordinateur adapté ou d’une loupe électronique, dès lors qu’il sera reconnu Travailleur Handicapé, par le biais de différents organismes tels que le SAMETH (Service d’Appui au Maintien dans l’Emploi des Travailleurs Handicapés) et l’AGEFIPH (Association de Gestion du fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapés).

Il a retrouvé le sommeil et abandonné les médicaments qu’il prenait jusqu’alors pour dormir.

Il se confie sur son évolution personnelle en expliquant avoir été chez le notaire avec son ex-compagne (avec laquelle il a rompu son PACS), afin de connaître ses obligations au sujet du bien qu’il n’occupe plus.
Il a fait les démarches afin que sa fille puisse bénéficier de tests pour savoir si elle était porteuse de cette maladie, mais il craint d’aller chercher les résultats.
Je me permets d’insister en lui rappelant l’importance du dépistage pour une éventuelle prise en charge précoce, afin de limiter au plus tôt la progression de la maladie.

Je lui rappelle enfin qu’en cas de gêne quelle qu’elle soit, il peut à tout moment prendre contact avec le médecin du travail et/ou l’assistante sociale du secteur.

De ce nouvel entretien, Mr P. est reconnaissant, parait soulagé et me remercie chaleureusement.

Le lendemain, je rencontre le Dr B. et lui rapporte les informations recueillies lors de ma visite dans la société de Mr P. Je lui fais part des exigences de son nouveau poste et des éventuelles améliorations à apporter.
J’évoque la nécessité de mettre en place des solutions, notamment sur les fiches de préparation des repas et sur le problème auditif qu’il rencontre et qu’il n’a toujours pas pris le temps de régler.

Après discussion avec le médecin du travail et l’ergonome du secteur et conscientes toutes les trois, de la difficulté de Mr P. à assumer son handicap au travail, nous convenons de concert avec sa responsable, d’augmenter la taille des caractères des feuilles d’allotissement et de le revoir en visite au mois de juin 2017.