Suivi des inaptitudes permanentes portées en 2018 au centre ACMS de La Plaine Saint-Denis : quel devenir socio-professionnel pour les salariés ?

Cette étude locale montre l’intérêt du suivi des salariés ayant été déclarés inaptes permanents au poste de travail. Il permet la prise de distance avec l’activité professionnelle quotidienne du médecin du travail.

N. Benzaouïa(1), B. Bonne(2), N. Boudjellal(3), P. Dordonne(3), P-P. Fau-Prudhomot(2), C. Folgoas(2), C. Leroy(2), A-R. Marmuréanu(2), S. Lubeth(3), M. Marie-Rose(3), A. Sid-Sayah-Tria(4), ACMS (Association interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de santé au travail de la région Île-de-France)

(1 ) Assistante sociale
(2) Médecin du Travail
(3) IDEST (Infirmière diplômée en santé au travail)
(4) Assistante médicale

Résumé

Contexte
Prononcer l’inaptitude d’un salarié est une décision importante tant l’éventail de ses conséquences est large. La dernière étude sectorielle publiée sur le suivi des inaptitudes à l’ACMS datant de plus de 10 ans, il était intéressant de la renouveler pour dessiner des comparaisons dans l’espace et dans le temps.

Objectif 
L’ensemble des médecins, infirmières et assistante sociale du secteur ACMS de La Plaine Saint-Denis a souhaité décrire le devenir socio-professionnel des salariés ayant été déclarés inaptes de façon permanente à leur poste de travail.

Méthode
Enquête descriptive transversale par questionnaire anonymisé, incluant les salariés ayant été déclarés inaptes permanents au poste de travail pendant l’année 2018. Les salariés ont été contactés après un délai minimal de 6 mois. La saisie des données a été effectuée sur Excel et leur analyse a été menée grâce au logiciel de traitement statistique SPSS™.

Résultats
De décembre 2019 à février 2020, nous avons recueilli 79 questionnaires, correspondant à la totalité des inaptitudes portées pendant l’année 2018 par l’ensemble des médecins du travail du secteur de La Plaine Saint-Denis (93). Cet échantillon était composé de 50,6% d’hommes et de 49,4% de femmes, d’un âge moyen de 48,7 ans, et comportant plus de deux tiers d’employés (67,9%). Dans un cas sur cinq, l’inaptitude était en relation avec un accident du travail ou une maladie professionnelle (21,5%). Un contexte conflictuel a été rapporté une fois sur trois (31,6%) et l’inaptitude était en relation avec l’existence d’une souffrance au travail dans un quart des avis (24,1%). Le nombre médian de visites médicales entre la détection du risque de désinsertion professionnelle et l’avis d’inaptitude était égal à 3. L’analyse de la phase de suivi a montré les résultats suivants : 20 salariés ont été perdus de vue (25,3 %), 2 étaient décédés (2,5 %). Parmi les 57 salariés qui ont été recontactés, 12 étaient toujours en activité professionnelle (21,1%), 30 étaient au chômage (52,6%), 6 en retraite (10,5%), 17 en invalidité (29,8%), 3 en arrêt depuis l’inaptitude (5,3%), 4 en cours de formation (7%). Huit salariés déclaraient avoir connu des difficultés financières du fait de l’inaptitude (14%).

Discussion

La limite de cette enquête locale réside dans la faiblesse de l’effectif malgré le recueil exhaustif des cas d’inaptitudes. Néanmoins, la cohérence entre les résultats et le vécu des professionnels semble attester d’une bonne validité interne. La participation active d’un trio médecin du travail-IDEST-assistant de service social est une condition opérationnelle indispensable. Il semble pertinent de focaliser le suivi sur l’âge des salariés déclarés en inaptitude et aussi d’en moduler le délai pour limiter les perdus de vue.

Conclusion
L’étude montre l’intérêt du suivi des salariés ayant été déclarés inaptes permanents au poste de travail. Il permet la prise de distance avec l’activité professionnelle quotidienne pour mieux contextualiser la décision et guider les pratiques ultérieures.

Abstract : Follow-up of Employees Declared Permanently Unfit for Work Conducted by the ACMS centre of La Plaine Saint-Denis in 2018. What is to become of the social and professional life of these employees? 

Background : Declaring the inability of an employee to work is an important decision due to its wide-ranging consequences. The last published sectoral study on follow-ups by ACMS dates back to more than 10 years. It was interesting to repeat the study in order to draw comparisons overtime.
Objective: The doctors, nurses and social workers at the ACMS centre of La Plaine Saint-Denis wanted to describe the social and professional future of the employees who were declared permanently unfit to work at their workplace.
Method: A descriptive cross-sectional survey using an anonymous questionnaire. This survey includes employees who were declared permanently unfit for work in 2018. The employees were contacted after a minimum period of 6 months. Data entry was carried out using Excel and the analysis was performed using the SPSS Statistics software.
Results: From December 2019 to February 2020, we collected 79 questionnaires from all the employees who were declared unfit to work by the occupational health doctors at la Plaine Saint-Denis in 2018.
In this sample, 50.6% were men and 49.6% were women, with an average age of 48.6 years and comprising more than two-thirds of employees (67.9%). In one out of five cases, the employee’s inability to work was related to a workplace accident or an occupational disease (21.5%). A contentious situation was reported one out of three times (31.6%), and a quarter of the employees (24.1%) were of the opinion that unfitness to work is related to suffering at work.
Between the detection of the risk of job loss and the employee being declared unfit to work, the median of the number of medical visits was 3. The analysis of the follow-up showed the following results: 20 employees fell out of touch (25.3%) and 2 employees died (2.5%). Out of the 57 employees that have been recontacted, 12 of them were still in employment (21.1%), 30 of them were unemployed (52.6%), 6 had retired (10.5%), 17 were disabled (29.8%), 3 were on leave since incapacity (5.3%), and 4 were in training (7%). 8 employees mentioned that they experienced financial difficulties due to their inability to work (14%).
Discussion: Despite the exhaustive collection on cases of inability to work, the limit of this localised study lies in the small number of employees.
Nevertheless, the consistency between the results and the experiences of the employees seems to establish good internal validity. The active participation of the occupational health doctors, occupational health nurses, and social workers is an essential working condition. It seems relevant for the study to focus on the age of employees who were declared unfit to work and also to adjust the time frame in order to limit the employees who got lost in contact during the follow-up.
Conclusion: The study shows the value of conducting follow-ups on employees who have been declared permanently unfit at their workplace. It takes the focus away from the employee’s daily working life to better contextualise the decision and to guide future practices.