Maintien au travail des salariés âgés et ergonomie

R. LAURIBE, A. BENCHIMOL, J.M. BERTHOMÉ Performances. - 2007. - N° 37. - Pages 8-12

Le taux d’emploi des sujets de plus de 55 ans est très faible en France, de 6 à 10 % inférieur à celui de nos voisins. En se pérennisant, cette situation pourrait générer des problèmes économiques non négligeables. Afin de maintenir au travail les populations vieillissantes, il convient de prendre en compte leurs particularités médico- sociales : affections touchant l’appareil locomoteur, altérations d’ordre neurosensoriel, maladies chroniques cardio-vasculaires et respiratoires liées en partie au tabagisme, troubles psychiatriques en relation avec les tensions et les situations complexes. Cet article propose deux exemples d’intervention visant le maintien dans l’emploi. La première concerne un salarié de 53 ans, monteur-soudeur, porteur d’une maladie cardiovasculaire et initialement occupé sur une chaîne de production en usine de métallurgie qui imposait des séquences de manutentions de pièces pesant plus de 20 kg dans une organisation de travail en 2X8 ou 3X8. A la suite d’un accident coronarien, une intervention médicosociale et ergonomique a été menée afin de maintenir dans l’emploi ce salarié. La problématique était complexe en raison de la pénibilité du poste initialement occupé par le salarié, son niveau de formation initiale, son âge, la relative gravité et le caractère permanent de sa maladie. Il est apparu opportun de pratiquer un reclassement interne du sujet. L’équipe pluridisciplinaire a effectué l’identification et l’observation des postes, puis a défini les moyens techniques et organisationnels nécessaires, évalué les aspects médico- techniques de la problématique du poste, tous éléments validés par la mise en situation de l’opérateur. Le projet a été financé par l’Agefiph (salarié classé COTOREP). Un nouveau poste technique a ainsi pu être conçu utilisant l’expérience importante du salarié.

Une deuxième situation concernait un poste de ligne de montage, difficile à tenir en raison de sa pénibilité (manutention de pièces de 25 à 40 kg, à raison d’une par minute avec un temps de travail effectif de plus de 70 % du temps sur 7 heures par jour). Cette situation engendrait de nombreux troubles musculosquelettiques et des lombalgies entraînant turn-over, recours régulier à des personnels de substitution, perturbations récurrentes dans la production. Des adaptations organisationnelles et techniques ont été proposées, validées et choisies avec l’intervention du médecin du travail et d’un ergonome-conseil agréé. Le poste considéré comme « punitif » par les personnels de l’atelier est devenu susceptible de recevoir des sujets déficients ou des opérateurs plus âgés.

Ces deux interventions sont très positives permettant d’améliorer l’image des intervenants en santé au travail, de créer une certaine dynamique dans l’entreprise pour favoriser l’étude des conditions de travail, de conduire les entreprises à porter un nouveau regard sur les sujets dits « à problèmes », de renforcer les collectifs de travail, de favoriser l’appropriation par les entreprises de cette méthodologie d’action et de rapprocher la prise en charge du handicap physique et de l’avance en âge des salariés dans le cadre du maintien dans l’emploi en milieu industriel.

(publié le 25 septembre 2008)