Facteurs environnementaux des cancers et des troubles de la reproduction

P. LEBAILLY, P. THONNEAU, M. WALSCHAERTS, X. COUMOUL Le Concours Médical. - 2008. - Tome 130. - N° 2. - Pages 83-85

Santé en population agricole : une vaste étude prospective

Il y a globalement moins de cancers chez les agriculteurs que dans la population générale, mais certains sont sur représentés (lèvres, peau, estomac, sang, cerveau, prostate). Plusieurs facteurs ont été mis en cause, dont les pesticides dont la France est un des principaux utilisateurs dans le monde. Une vaste étude prospective a été menée dans le Calvados à partir de 1995 confirmant cette particularité des cancers dans la population agricole. Les limites de cette cohorte ont incité l’équipe à l’étendre en ciblant les personnes affiliées au régime agricole et travaillant dans un des douze départements sélectionnés pour couvrir la variété des activités agricoles (567 000 personnes). L’inclusion est faite au moyen de questionnaires remplis directement par la personne. Le taux de réponse est très satisfaisant (20 %, étendu à 34 % après relance). Les premiers résultats sont attendus début 2009 pour les évènements de santé auto déclarés et fin 2009 pour le suivi en termes de cancers et causes de décès. Le suivi sera poursuivi jusqu’en 2012. Cette cohorte fait partie d’un programme international piloté par des instituts américains et dont l’objectif est d’effectuer des comparaisons internationales et d’augmenter la puissance statistique de certaines études.

Cancer du testicule : rôle des perturbateurs endocriniens  ?

« Entre 2002 et 2005, 229 cas et 800 témoins, recrutés dans cinq centres hospitaliers (Paris, Lyon, Rennes, Toulouse, Strasbourg), ont accepté de remplir un questionnaire portant sur leur mode de vie et leurs antécédents. Les données ont été analysées par des méthodes de régression logistique... L’étude confirme les données de la littérature et infirme les hypothèses fondées sur une intoxication environnementale en particulier professionnelle de l’homme adulte. En revanche, elle est en faveur de la responsabilité de perturbateurs endocriniens intervenant à certaines périodes privilégiées d’activité endocrinienne intense (grossesse, puberté) ».

Dioxine et mélange de polluants favoriseraient la progression tumorale.

Une équipe française a étudié les pesticides et dioxines formées au cours de combustions industrielles ou naturelles (par exemple dans les incinérateurs d’ordures ménagères). « En présence de dioxine, les cellules cancéreuses mises en culture changent de forme, augmentent leur surface et modifient leur capacité d’ancrage : détachées de la boite de culture, elles y readhèrent beaucoup plus vite qu’en l’absence de dioxine. En outre, l’activité de certaines protéines kinases cellulaires augmente, phénomène pouvant favoriser la migration cellulaire ». Les chercheurs jugent qu’il est fondamental d’étudier les effets des mélanges de polluants, plutôt que ne s’intéresser qu’à un seul à la fois, comme cela est habituellement pratiqué, les populations étant le plus souvent exposées à des cocktails de xénobiotiques.

(publié le 9 décembre 2008)