Les travailleurs de la mer. La prévention s’amarine

V. CHENEAU Travail et Sécurité. - 2008. - N° 681. - Pages 16- 29
La pêche est le métier le plus dangereux au monde. En France, sur une population de 17 500 personnes travaillant dans le secteur, 24 marins ont disparu en 2006 (fréquence de 128 décès pour 100 000 marins) et chaque année 1 sur 10 est accidenté. Les lésions touchent principalement les mains mais aussi les membres inférieurs, le tronc, les membres supérieurs. La pêche française se caractérise par une grande diversité de productions et donc de conditions de travail : entre le ligneur de bars, qui pêche en solo à proximité des côtes et le thonier qui part en mer trois semaines pour pêcher en Nord-Écosse, la différence est importante. Souvent les contraintes économiques pèsent sur la sécurité des hommes. Le bateau doit pêcher un minimum pour rentabiliser sa campagne et il n’est pas question de rentrer bredouille même si la météo est mauvaise. A ces conditions difficiles, s’ajoute un sous-effectif alarmant en raison de la désaffection pour ce métier (trop dur et trop incertain) mais aussi pour ne pas entamer le produit de la pêche qui est réparti entre les membres de l’équipage. Il s’ensuit fatigue, baisse de vigilance aux conséquences parfois dramatiques. En raison du coût des bateaux, les marins achètent de vieux navires qu’ils réaménagent, mais qui deviennent mal adaptés aux conditions de navigation et parfois peu stables en raison du matériel embarqué qui relève leur centre de gravité. D’ailleurs, on enregistre une nette augmentation des naufrages en raison de la mer seule. Le travail éminemment physique, des gestes répétés dans des espaces réduits, un environnement bruyant entrainent des pathologies périarticulaires avec une nette prédominance des localisations rachidiennes, suivies par des problèmes de surdité. S’y ajoute un stress important lié à l’éloignement, aux contraintes de travail fortes et à une latitude décisionnelle faible, un mauvais soutien social, une distorsion entre effort et récompense, ce qui peut induire dépression et conduites addictives. Certains signalent même un profil psychologique particulier du marin enclin à transgresser les règles et à rechercher le danger. Les marins malades peuvent bénéficier d’une consultation à distance par l’intermédiaire du centre de consultation médicale maritime du Samu 31, rattaché au CHU de Toulouse. Lorsque le malade ne peut être soigné à bord, le bateau est dérouté vers un port où il est pris en charge par un SAMU maritime ou encore évacué par hélicoptère. Le SMUR peut dans certains cas se rendre sur le bateau. L’Institut Maritime de Prévention (IMP), créé en 1992, tente d’améliorer la sécurité des gens de mer et développe une importante activité de formation et d’édition de documents pédagogiques. Trois chantiers sont en cours : élaboration du document unique, campagne de sensibilisation pour le port du VFI (vêtement à flottabilité intégrée) et anticipation de l’application du décret sur le bruit en 2011.
(publié le 11 décembre 2008)