La pratique de la médecine du travail entre reconnaissance et indifférence

P. GUIOL, J. MUNOZ Archives des maladies professionnelles et de l’environnement. - 2008. - Vol. 69. - N° 3. - Pages 438-447. - Bibliographie

74 médecins du travail du Grand-Ouest, principalement de Bretagne, représentant 92 entreprises ont été interrogés afin de connaître le point de vue des médecins du travail sur l’exercice de leur profession. La perception de leur activité par autrui tels qu’ils l’imaginent n’est pas mauvaise. La plupart des médecins du travail sont globalement satisfaits de la manière dont les employeurs les reçoivent. Moins de 10 % des médecins du travail considèrent insatisfaisant leur degré d’autonomie, les plus insatisfaits relevant d’entreprises autoritaires, c’est-à-dire celles ayant « une conception autoritaire de la hiérarchie, manifestant une fermeture notoire au dialogue social ». Le point noir est que les avis sont peu pris en compte, voire complètement ignorés.

Par leur qualité d’observateur en entreprise, ils sont les lanceurs d’alerte au sein de l’entreprise mais se heurtent aussi aux conflits relationnels employeurs/employés, et certains médecins n’hésitent pas à parler de « management par la peur », accompagné de surcharge de travail, d’inégalités hommes/femmes, de harcèlement moral. Ainsi, les médecins confirment l’existence d’une souffrance et d’un manque de reconnaissance au sein des entreprises. Dans les « entreprises à gestion autoritaire », les médecins mentionnent la perception de leur impuissance face à ces situations. Dans les entreprises participatives (celles où « la direction accorde une place assez large aux techniques de motivation du personnel en privilégiant l’animation, la concertation, l’intéressement et la participation »), les médecins font valoir la mise en doute par l’employeur de la situation du salarié. Les médecins globalement « suggèrent des améliorations relatives à la reconnaissance des salariés, la liberté décisionnelle, la participation et d’autre part l’amélioration des relations employeurs/salariés  ». Les autres facteurs que les médecins du travail privilégient concernent plutôt leur environnement institutionnel, notamment les partenariats à renforcer avec les divers organismes de santé publique et le besoin d’une reconnaissance mieux affirmée du rôle du médecin du travail tant du côté des salariés et employeurs que du côté des partenaires traditionnels tels que les inspecteurs du travail. Les interventions des médecins du travail dans le domaine ergonomique et technique ne sont que rarement contestées alors que leurs avis sur l’organisation du travail ne sont guère acceptés quand ils ne sont pas considérés comme irrecevables. « L’efficacité d’une action de prévention se heurte ici à une limite plus idéologique que médicale de la notion de territoire professionnel. D’où un malaise chez certains médecins ».

(publié le 21 janvier 2009)