Arsenic et dérivés inorganiques

R. GARNIER, J. POUPON, A. VILLA EMC, Encyclopédie Médico-Chirurgicale. - 2008. - Elsevier Masson, Issy-les-Moulineaux. - Toxicologie Pathologie professionnelle. 16-002- A-30. - 13 pages. - Bibliographie

L’arsenic est un métalloïde largement distribué dans la croûte terrestre. Il est souvent associé aux minerais d’or, de plomb et de cuivre, parfois à ceux d’étain, de zinc et de cobalt. La principale source d’exposition extraprofessionnelle à l’arsenic inorganique est l’eau de boisson. Sa valeur limite en France est réglementairement de 10 µg/l mis elle peut parfois être dépassée dans des zones géographiques où le sol est riche en arsenic. Le sol peut également constituer une source d’exposition notable quand il contamine des végétaux comestibles (salades, poireaux).

Les principaux métiers exposant à l’arsenic sont la production de composés de cet élément, les métallurgies des métaux non ferreux, la production et l’utilisation de colorants arsenicaux, la production de microcomposants, certains travaux de l’industrie du verre, le tannage des peaux et la naturalisation des animaux et en milieu agricole, la production et l’utilisation de bois traités par les CCA (association de dérivés hydrosolubles du chrome hexavalent, de cuivre et d’arsenic). L’absorption est essentiellement respiratoire et digestive, parfois cutanée à travers une peau lésée. L’ingestion d’un dérivé inorganique de l’arsenic est rapidement suivie de troubles digestifs intenses : douleurs abdominales, vomissements, diarrhée. Il s’ensuit des troubles hydroélectriques et hémodynamiques, responsables d’une insuffisance rénale fonctionnelle.

Apparaissent ensuite : tubulopathie rénale, cytolyse hépatique, myocardite, encéphalopathie, acidose métabolique. Chez les survivants, apparaissent alors pancytopénie, dermatose exfoliatrice palmo-plantaire, chute des cheveux et des poils, et surtout une neuropathie périphérique sensitivomotrice très douloureuse. L’administration d’un chélateur n’est utile que tant que la diurèse est conservée. L’administration de Nacétylcystéine, précurseur du glutathion est recommandée. L’exposition chronique à l’arsenic est responsable d’effets dermatologiques (dermite d’irritation, mélanodermie, hyperkératose palmoplantaire, maladie de Bowen, carcinomes), respiratoires (irritations de l’arbre respiratoire, excès de risque de bronchopneumopathie chronique obstructive et/ou d’emphysème), gastro-intestinaux (irritation du tractus digestif), hépatiques (fibrose, voire cirrhose), neurologiques (neuropathie périphérique, troubles mentaux), cardio-vasculaires (phénomène de Raynaud, artérite des membres inférieurs, hypertension artérielle, maladies ischémiques cardiaques et cérébrales), métaboliques (diabète), hématologiques (anémies, leucopénies et thrombopénies), et cancérogènes (carcinomes cutanés, cancers broncho-pulmonaires, tumeurs de l’arbre urinaire, cancers hépatiques). Il n’y pas d’information publiée permettant d’évaluer les effets de l’arsenic sur la fertilité humaine. Différentes études montrent un excès de risque d’avortement et de mort in utero associés à la présence de fortes concentrations d’arsenic dans l’eau de boisson. L’indicateur biologique d’exposition de référence est la somme des concentrations urinaires de l’arsenic inorganique, et de ses principaux métabolites (acides monométhylarsonique (MMA) et diméthylarsinique (DMA). Le prélèvement doit être fait après la journée de travail et en fin de semaine après avoir rappelé aux intéressés de ne pas consommer de produits de la mer pendant les 2 à 3 jours précédents. Le dosage de l’arsenic dans les cheveux et les ongles n’est pas intéressant en cas d’exposition professionnelle.

L’arsenic sanguin n’est utile qu’en cas d’intoxication aiguë ou subaiguë. Certaines des manifestations de l’intoxication professionnelle des composés inorganiques de l’arsenic sont indemnisables au titre de tableaux des maladies professionnelles du régime général de la Sécurité sociale et du Régime agricole.

(publié le 30 janvier 2009)