Cytotoxiques : évaluation des risques professionnels.

M. FALCY, F. PILLIÈRE. Encyclopédie Médico-Chirurgicale. - Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux. - 2007. - Toxicologie-Pathologie professionnelle 16-545-A-05. - 10 pages. - Bibliographie.
Actuellement, les cytostatiques ou cytotoxiques appartiennent à plusieurs classes pharmacologiques selon leur mode d’action. Certains apparaissent particulièrement dangereux car ils exercent une action directe sur l’acide désoxyribonucléique ou les chromosomes, qu’il s’agisse d’une modification de la structure de l’ADN ou de l’entrave à la migration des chromosomes. Il en résulte des mutations ponctuelles, des aberrations chromosomiques ou une modification du nombre de chromosomes dans les cellules après réplication. Les expositions peuvent être évaluées à partir de prélèvements atmosphériques ou par dosage des produits ou de leurs métabolites dans les urines du personnel exposé. Deux méthodes supplémentaires peuvent être utilisées dans ce cas : les frottis de surface et le test d’Ames urinaire. Lorsque l’exposition totale d’un soignant est comparée à celle des patients traités, un facteur de sécurité de 100 à 2 000 a pu être calculé pour quelques cytotoxiques. Les risques professionnels, locaux en cas de contact direct avec une concentration importante de cytostatiques, ne devraient plus être rencontrés (traduisant une inefficacité des mesures de prévention). De même, les risques généraux directement dépendants des doses reçues ne devraient plus être observés. En ce qui concerne les risques spécifiques, il n’existe pas de test de prédilection sur lequel pourrait se fonder l’évaluation des risques génotoxiques liés à l’exposition aux cytostatiques. Les tests sont d’interprétation difficile car il n’existe pas de relation démontrée entre l’intensité de l’effet génotoxique et les conséquences pour la santé chez l’homme. Ils ne permettent pas l’évaluation des risques pour un sujet donné. En ce qui concerne les risques cancérogènes, rares sont les études qui analysent ce risque. Certains auteurs ont avancé une augmentation du risque de cancer de 2 pour 100 000 à 7 pour 100 000 pour une activité de 35 ans (cyclophosphamide) ; ce risque peut varier selon le cytotoxique concerné. En ce qui concerne le risque pour la reproduction, les auteurs concluent qu’il existe un risque faible d’avortement précoce (risque relatif 1,46 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,11-1,92) chez les infirmières qui manipulent des cytotoxiques. En revanche, les risques de malformation congénitale ou de mort foetale tardive ne sont pas augmentés. La prévention repose sur des mesures techniques en ce qui concerne la reconstitution des produits, leur administration et la gestion des déchets. Ces mesures seront complétées par une nécessaire formation du personnel, une prévention médicale, des mesures organisationnelles applicables au personnel soignant et aide soignant et le port d’équipements de protection individuelle.
(publié le 23 septembre 2008)