Exposition aux solvants organiques. Risque de progression des maladies rénales chroniques vers l’insuffisance rénale terminale

S. JACOB, M. HÉRY, B. STENGEL Documents pour le Médecin du Travail, DMT. - 2008. - N° 114. - Pages 233-241. - Bibliographie

Une étude a été menée dans le but de tester l’hypothèse selon laquelle l’exposition aux solvants était associée à un excès de risque de progression des néphropathies glomérulaires (NG) vers l’insuffisance rénale terminale (IRT). La cohorte objet de l’étude incluait tous les cas incidents de NG primitives survenus entre janvier 1994 et juin 2001 dans un des onze services de néphrologie des hôpitaux de Paris et sa banlieue et suivis jusqu’en 2004 : néphropathies à dépôts mésangiaux d’IgA ou maladie de Berger, glomérulopathie extra-membraneuse (GEM), hyalinose segmentaire et focale (HSF). Un questionnaire recueillait les facteurs environnementaux généraux du patient (consommation de tabac, d’alcool, prise de médicaments néphrotoxiques) et des hygiénistes industriels évaluaient l’exposition professionnelle à partir des histoires personnelles recueillies par interview. L’événement étudié était la survenue d’une IRT définie par un débit de filtration glomérulaire (DFG) < 15 ml/mn/1,73 m2 de façon permanente, ou une mise en dialyse ou une greffe préemptive.

Les risques relatifs d’IRT associés aux solvants ont été estimés par des modèles de Cox. Une exposition aux solvants à un niveau élevé était associée à une multiplication par 2 du risque d’IRT pour les IgA et à 4 pour les GEM. Les produits ou substances chimiques les plus à risque étaient les encres d’imprimerie et les carburants, le toluène/xylène, les produits pétroliers et l’acétone. Parmi les ouvriers exposés, les ajusteurs monteurs, les plombiers et les soudeurs présentaient les risques les plus élevés d’IRT.

Ces résultats incitent au dépistage systématique et régulièrement répété (protéinurie, hématurie hypertension artérielle) chez les travailleurs exposés aux solvants organiques.

(publié le 30 janvier 2009)