Intoxications par les fumées d’incendie

F. BAUD EMC, Encyclopédie Médico-Chirurgicale. - Elsevier.
- Masson SAS. - Toxicologie-Pathologie Professionnelle. - 2008. - 16-539-G-10. - 14 pages. - Bibliographie

Lors d’un incendie, la dégradation thermique des matériaux est liée à la combustion (qui correspond à l’oxydation du combustible, qui nécessite de l’oxygène et s’accompagne de flammes) et à la pyrolyse (qui est la décomposition chimique d’une molécule sous l’effet de la chaleur). Lors de cette dégradation thermique, des gaz toxiques sont dégagés : des gaz asphyxiants et des irritants. Les victimes d’incendies sont exposées à une triple menace : brûlure thermique, traumatisme et polyintoxication, mais les atteintes surviennent de façon indépendante  : ainsi, une victime d’incendie peut être intoxiquée sans être brûlée et inversement, une victime peut être brûlée sans être intoxiquée. Le monoxyde de carbone reste le toxique le plus fréquemment retrouvé chez les victimes d’incendie. Des taux de carboxyhémoglobine de 30 à 40 % seraient susceptibles d’entraîner une « incapacitation  » (c’est-à-dire une altération du comportement de fuite, empêchant la victime de se soustraire à l’atmosphère et aux flammes).

Un taux de 50 % peut entraîner le décès. Le risque d’une intoxication à l’acide cyanhydrique est en lien avec la combustion de nombreux polymères naturels contenant de l’azote. Cet acide cyanhydrique est responsable d’une « incapacitation  » (par dépression du système nerveux) mais aussi d’une hyperventilation qui a pour effet délétère d’accroître sa propre absorption et celle des autres gaz toxiques. D’autres composés présentent une toxicité systémique : le peroxyde d’azote, l’hydrogène sulfuré. A la phase initiale de la dégradation thermique des matériaux, des irritants sont libérés c’est-à-dire des aldéhydes, des acides minéraux, des dérivés de l’azote, des anhydrides, des suies, de la vapeur d’eau. La toxicité conjointe du monoxyde de carbone et du cyanure, évaluée par le taux de mortalité apparaît dépendante de leurs taux sanguins respectifs.

Le maître symptôme des intoxications par les agents méthémoglobinisants est la cyanose, qui ne manque jamais lors d’une intoxication grave. D’autres agents peuvent être retrouvés présents dans les fumées d’incendie, notamment des composés phosphatés cycliques cause de convulsions. Le traitement commence sur les lieux mêmes du sinistre : soustraction du patient de l’atmosphère toxique, administration précoce d’oxygène au masque et à fort débit (qui améliore rapidement sans exclure une aggravation respiratoire secondaire et la possibilité de séquelles neurologiques retardées). « En l’absence de brûlures graves, les problèmes thérapeutiques des victimes d’incendie sont de poser les indications en urgence : de l’oxygénothérapie hyperbare, d’une intubation pour ventilation assistée, de l’administration d’un antidote des cyanures, d’une nécessité d’hospitalisation, de la surveillance ultérieure. En effet, le syndrome d’inhalation de fumées d’incendie est le type même de situation où une intoxication aigüe peut être à l’origine d’une maladie chronique de nature respiratoire ou neurologique ».

(publié le 4 décembre 2008)