Détermination des normes de tolérance thermophysiologique pour le travail en installation nucléaire de base en tenue TIVA

P. Casanova, J-L. Daret, Y. Besnard, N. Clerc, G. Savourey, J-C. Launay Radioprotection, 2011, vol.46, n°2, pp.235-245. Bibliographie

La tenue TIVA (tenue d’intervention ventilée adaptable) a été mise au point pour le travail en installation nucléaire de base ; il s’agit d’une tenue étanche qui constitue une double contrainte thermique pour l’individu : d’une part en raison de son poids et de son ergonomie qui se traduisent par une augmentation de la dépense énergétique dont 75% est transformée en chaleur du fait du faible rendement de la contraction musculaire et d’autre part, son étanchéité qui empêche l’évaporation sudorale ; ventilée avec de l’air sec , elle favorise la thermolyse.
Afin de déterminer la durée du port de cette tenue au cours d’un exercice physique à la chaleur, une étude a été menée auprès de cinq sujets masculins volontaires, spécialistes de la décontamination de sites nucléaires et âgés de 40 à 51 ans.
L’expérimentation s’est déroulée dans une chambre thermoclimatique chaude ; trois tests ont été réalisés sur une durée de deux semaines. Compte tenu de l’équipement, la dépense énergétique est voisine de celle observée chez un travailleur effectuant un travail au marteau pneumatique.
Des mesures physiologiques ont été effectuées (température cutanée en 10 sites, fréquence cardiaque, saturation artérielle en oxygène, variations de poids du sujet et des équipements, thermogrammes des tenues). La DLE (durée limite d’exposition) a été déterminée en fonction de l’augmentation de la température rectale.
A 25°C, la contrainte thermique est faible et les paramètres enregistrés traduisent un équilibre thermique avec ressenti de confort thermique.
A 35°C, la contrainte thermique n’est plus compensée totalement par le système de ventilation et le stockage thermique augmente. Une grande variabilité individuelle est observée. L’inconfort thermique est ressenti comme faible et le niveau de fatigue perçue est un peu plus élevé qu’à 25 °C.
A 45°C, le stockage thermique est important et l’ensemble des sujets n’a pas réalisé la durée prévue des tests en raison de l’augmentation de la température rectale à 39 °C. C’est au niveau des épaules et des pieds que la chaleur est la plus importante ; mais la thermographie est très satisfaisante en particulier en ce qui concerne la cagoule.
Cette étude permet de proposer des recommandations aux médecins du travail en INB pour définir une limite de sécurité pour un travail d’intensité moyenne, pour une durée de 8 heures, à savoir pour une température de :

  • 25°C : deux séquences de travail de 120 minutes avec un temps de repos et de réhydratation de 3 heures entre les deux séquences,
  • 35°C : une séquence de travail de 60 minutes,
  • 45°C : une séquence de travail de 30 minutes.
(publié le 19 septembre 2011)