Travailler dans une ambiance thermique froide

E. Turpin-Legendre, L. Robert, J. Shettle, C. Tissot, C. Aubry, B. Siano Références en Santé au Travail, 2019, n°160, pp. 27-47. Bibliographie. Annexes
Selon l’enquête SUMER 2010, environ 13% des salariés sont exposés aux intempéries et près de 5% sont exposés au froid (inférieur à 15°C) imposé par le processus de production notamment dans le commerce ou la fabrication de denrées alimentaires.
L’article débute par des rappels physiologiques et notamment les mécanismes d’échanges thermiques (convection, conduction, rayonnement, évaporation).
Un environnement est considéré froid pour une température de l’air inférieure à 18°C, température à partir de laquelle se déclenchent des déperditions de chaleur supérieures à la normale. Des facteurs individuels influencent la thermorégulation : l’acclimatation, la condition physique et l’activité physique, l’âge et le genre.
Les effets du froid sont nombreux : gelures, pathologies cutanées parmi lesquelles xérose hivernale (peau sèche et rêche), engelures, syndrome de Raynaud, infections respiratoires, aggravation de l’asthme, aggravation des pathologies cardiovasculaires, instabilité du diabète, troubles musculosquelettiques, déclenchement de crises douloureuses chez les sujets drépanocytaires, diminution des performances mentales (temps de réaction, temps de décision, cognition…). Mais le risque majeur est l’hypothermie (température corporelle inférieure à 35°C), situation où toutes les fonctions physiologiques se trouvent ralenties, y compris les systèmes cardiovasculaire et respiratoire, la conduction nerveuse, l’acuité mentale, le temps de réaction neuromusculaire et le métabolisme. Une hypothermie sévère (température inférieure à 28°C) est une urgence absolue et sans prise en charge, l’évolution est mortelle.
Des mécanismes physiologiques de thermorégulation, notamment la vasoconstriction et le frisson peuvent être débordés dans certaines situations qu’il convient d’identifier en réalisant une évaluation des risques.
La caractérisation de la contrainte thermique suppose la mise en place d’une métrologie comprenant la mesure de grandeurs physiques dans l’environnement et l’estimation du métabolisme du sujet (métabolisme de base, plus métabolisme d’activité), afin de déterminer l’isolement thermique requis du vêtement (IREQ).
La prévention des risques liés au froid passe par des mesures organisationnelles, des mesures techniques, la fourniture de vêtements et d’équipements de protection adaptés, la formation et l’information des salariés.
Les services de santé au travail participeront à la mise en place des mesures de prévention en lien avec l’employeur et le Comité social et économique (CSE), ainsi qu’à l’information des salariés les plus à risque. Il ont aussi un rôle à jouer dans l’organisation des secours en lien avec les structures locales.
Il n’existe aucune indication de température dans le Code du travail, en deçà de laquelle il est dangereux ou interdit de travailler. Néanmoins, il existe des dispositions générales et spécifiques que doit respecter l’employeur et visant à assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
(publié le 18 mars 2020)