Agents de caisse : exposition au bisphénol A lors de la manipulation des papiers thermiques

S. Ndaw, D. Jargot Hygiène et Sécurité du travail, 2015, n°239, pp.66-69
Depuis 2010, on s’intéresse beaucoup à l’exposition au bisphénol A (BPA) lors de la manipulation de tickets de caisse, de reçus de carte de crédit ou de cartes d’accès divers. En effets, ces papiers thermiques sont recouverts d’une couche de BPA qui est sous forme libre, donc facilement transférable sur la peau en cas de contact, ou par voie orale en cas de contact mains-bouche.
Le BPA représenterait un risque pour la santé humaine en raison de ses propriétés œstrogéniques ou de ses interactions avec d’autres récepteurs endocriniens, notamment les récepteurs des hormones thyroïdiennes.
Les personnes les plus exposées seraient les agents de caisse dont la population était estimée à plus de 186 000 personnes en 2011.
Afin d’évaluer les niveaux excrétés en BPA urinaire de cette population, une campagne de mesures a été menée par l’INRS en collaboration avec des services de santé au travail.
Les dix entreprises recrutées pour cette étude possédaient toutes une activité de commerce en contact direct avec une clientèle impliquant la manipulation de tickets de caisse dont le nombre était estimé entre 10 et 1 000 tickets par jour. Des groupes exposés et non-exposés ont été constitués sur la base du volontariat.
Outre un questionnaire détaillé, permettant de fournir des renseignements sur l’activité professionnelle, les sources de contamination notamment alimentaires, et les activités professionnelles, des recueils urinaires ont été effectués pendant 1 à 2 jours au début et à la fin du poste de travail et lors de la première miction au réveil suivant. 134 personnes ont été suivies dont 90 salariés exposés et 44 salariés témoins.
Le BPA a été détecté dans tous les échantillons urinaires tant chez les salariés exposés que chez les témoins, témoignant de la nature ubiquitaire de ce composé ; mais si la concentration médiane était de 3,54 µg/l dans la population témoin, elle atteignait 8,92 µg/l chez les exposés. Cette différence statistiquement significative était sans lien avec le sexe, le nombre de tickets manipulés, la concentration en BPA total, le nombre de lavage des mains ou la consommation de tabac.
La question est de savoir si cette concentration en BPA des sujets exposés, plus de deux fois supérieure à celle des témoins affecte la santé des travailleurs.
La France a soumis une proposition de restriction au niveau européen de l’utilisation du bisphénol dans les papiers thermiques. "Les substituts potentiels du BPA , les procédés d’impression alternatifs ou encore les alternatives sans papier ont fait l’objet d’un rapport remis au Parlement français en novembre 2014".
(publié le 31 août 2015)