Bruit et substances ototoxiques : cocktail à risque pour l’audition

T. Venet, A. Thomas Hygiène et Santé au Travail, 2015, n°238, pp. 6-9. Bibliographie.

La perte d’audition peut être causée par d’autres agents que le bruit et de nombreuses études ont mis en évidence un risque accru de troubles auditifs chez les personnes exposées à des agents chimiques ototoxiques ou à une combinaison de bruit et d’agents otoxiques et dans ce cas, les effets pathologiques engendrés sont supérieurs à la somme des effets de chaque agent séparément. Or la législation n’intègre pas le risque ototoxique.

Ces substances ototoxiques peuvent être des médicaments : notamment

  • des antibiotiques de type aminoglycosides ou aminosides (essentiellement prescrits en milieu hospitalier), engendrant des surdités localisées dans les fréquences élevées et pouvant accroître les effets nocifs d’une exposition au bruit même si la dose reçue est peu ototoxique ;
  • certains anticancéreux essentiellement ceux dérivés du platine,
  • les diurétiques tels que le le furosémide, l’acide étacrynique et le bumétadine pouvant créer une surdité immédiate au niveau des hautes fréquences, cédant quelques heures après l’arrêt du traitement, sauf cas particulier où elle est irréversible ;
  • les salicylates (notamment l’acide acétylsalicylique) et d’autres anti-inflammatoires tels que l’ibuprofène ;
  • la fumée de cigarette.

Le médecin du travail doit s’informer des traitements reçus par le salarié afin de mettre en oeuvre les solutions pour protéger sa santé.

Ces substances ototoxiques peuvent aussi être d’origine professionnelle :

  • solvants aromatiques (toluène, styrène) ;
  • solvants chlorés ;
  • certains gaz asphyxiants : monoxyde de carbone, cyanure d’hydrogène ;
  • les métaux lourds : plomb, mercure, cadmium, étain et ses composés organiques, germanium, manganèse.

Le médecin du travail doit proposer des produits de substitution.

Actuellement l’audiométrie tonale liminaire est la seule technique utilisée pour diagnostiquer une surdité professionnelle avec deux inconvénients : appel à la participation du sujet et absence de signature fréquentielle (rendant difficile la distinction entre traumatisme acoustique et déficits induits par des agents ototoxiques). Les produits de distorsion acoustique pourraient être un test complémentaire à la surveillance des sujets exposés (les otoémissions provoquées traduisent spécifiquement le bon fonctionnement des cellules ciliées externes et permettent un diagnostic précoce des atteintes cochléaires).

La prévention repose sur l’information et la formation des intervenants en santé et en prévention du travail et la bonne transmission d’informations entre médecins de ville et services de santé au travail, sur les expositions possibles à des substances ototoxiques d’origine extra-professionnelle.

(publié le 12 juin 2015)