Cytotoxiques : évaluation des risques professionnels

M . Falcy, S. Ndaw, F. Pillière Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Pathologie professionnelle et de l’environnement, Elsevier Masson SAS, Issy-Les-Moulineaux, 2015, vol.10, n°1, 16-545-A-05, 11 pages. Bibliographie
L’usage des cytostatiques ou cytotoxiques n’est pas dénué de risques. Certains exercent une action directe sur l’ADN ou sur les chromosomes entraînant des mutations ponctuelles, des aberrations chromosomiques ou une aneuploïdie.
Les expositions surviennent lors de toutes les étapes de la mise en œuvre de ces médicaments par contact cutané ou par inhalation. Elles seront évaluées en ce qui concerne l’environnement par prélèvements surfaciques et prélèvements atmosphériques et en qui concerne l’individu, par dosage des produits et/ou de leurs métabolites, par le test d’Ames sur les urines, ou par les adduits à l’ADN.
L’ensemble des activités mettant en œuvre des cytotoxiques sera pris en compte en commençant par les lieux de fabrication, mais aussi en milieu de soins ou lors d’activités plus particulières telles que les chimiothérapies hyperthermiques intrapéritonéales qui exposent à une solution de cytotoxique 10 fois plus élevée que la perfusion. Pour quelques cytotoxiques, l’évaluation de l’exposition totale d’un soignant pendant toute sa vie professionnelle est 100 à 2000 fois inférieure à celle des patients traités.
Outre quelques effets locaux et quelques rares effets généraux, les conséquences sont mutagènes, cancérogènes ou toxiques pour la reproduction.
La substitution des cytotoxiques les plus à risque est illusoire.
La prévention technique doit s’appliquer à tous les stades : lors de la reconstitution (préférer une centralisation centralisée sous isolateur), lors de l’administration (utiliser des systèmes spécifiques pour éviter toute déconnexion ou surpression et porter des vêtements de protection dont des gants - 2 voire 3 paires de gants superposés - en latex chirurgical ou nitrile et un masque au moins de type P2S1 lorsqu’il existe un risque d’aérosol), au stade de la gestion des déchets (incinération du matériel jetable entre 1000 et 1200 °C, eau de javel à 12° pour les surfaces avec contact d’une demi-heure).
La prévention médicale suppose l’absence de contre-indication du sujet à occuper un tel poste et une surveillance clinique et biologique selon l’intensité de l’exposition mais il n’existe pas d’examen spécifique permettant de détecter des pathologies professionnelles. Le personnel bénéficiera d’une formation adaptée.
Au total, les risques paraissent généralement faibles pour les soignants, lorsque des mesures de prévention adéquates sont mises en œuvre.
(publié le 30 juillet 2015)