De l’utilité de la quantification systématique des risques

J. Malchaire Préventique, 2013, n°129, pp.46-48

Dans cet article, l’auteur fait le procès des pratiques actuelles de quantification des risques. Mais son regard critique n’a pour objectif que de faire réfléchir les préventeurs et les employeurs, à l’intérêt des mesurages systématiques réalisés dans les entreprises et qui dans la plupart des cas ne remplissent pas les exigences de représentativité et donc servent à peu de choses.
Déjà l’évaluation des risques ne doit pas être le fait d’un seul préventeur assis dans son bureau face à son ordinateur. Elle nécessite la participation des opérateurs afin de connaître précisément le travail réel.
Est-il bien nécessaire de quantifier systématiquement sur le terrain ? Certains risques sont évidents et n’exigent pas de mesures qui au contraire entraîneraient perte de temps et dépenses injustifiées. L’employeur prendra dans tous les cas les mesures raisonnablement applicables pour réduire les expositions au niveau le plus faible possible.
De même, quantification ne veut pas dire solution. Il est plus utile de comprendre les détails sur lesquels il est possible d’agir pour éliminer et réduire le risque. "Le comment et le pourquoi doivent remplacer le combien. "
Faut-il nécessairement quantifier pour authentifier les plaintes subjectives des opérateurs : pourquoi ne pas reconnaître a priori leur compétence et leur bonne fois, leur "subjectivité" serait-elle moins fiable que celle des préventeurs ?

Pourquoi alors quantifie-t-on tout ? Selon l’auteur :

  • l’entreprise pense que cela fera gagner du temps ou que, à la faveur de la mise en place de l’arsenal du mesurage, le problème s’évanouira ;
  • les préventeurs aiment bien mettre en pratique ce qu’il ont appris le mieux à faire et ils en tirent un certain prestige ;
  • les services qui réalisent ces mesurages retirent des avantages pécuniaires de ces interventions.

Pour l’auteur, la quantification systématique "nuit à la prévention en consommant les moyens financiers au départ déjà limités, et en les retardant systématiquement. Elle contribue d’autre part à entretenir chez tous les partenaires et en particulier chez les employeurs, l’idée fausse que les problèmes de santé et de sécurité sont techniquement complexes, ne peuvent être traités que par des spécialistes et requièrent des solutions toujours coûteuses".

"Chaque fois que des mesurages sont envisagés ; il convient de se poser les questions suivantes :

  • quel est l’objectif ?
  • que va-t-on apprendre qui servira à améliorer la situation ?
  • quel est le rapport bénéfice-coût ? Et cela en vaut-il le temps et le coût ?
  • Est-il possible d’obtenir les mêmes informations ou davantage, plus économiquement, plus rapidement et plus facilement ? "

Mais la quantification est néanmoins intéressante voire primordiale dans certains cas : les recherches scientifiques, la sensibilisation à un risque négligé par les opérateurs, la vérification du risque résiduel après mise en place de mesures de correction et de prévention, la preuve d’une exposition professionnelle, la réponse aux demandes de certains opérateurs.

(publié le 29 août 2013)