Evaluation du risque chimique chez la femme enceinte : réglementation, précaution ou approche médicale ?

F. Testud, J. Descotes Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°4, pp. 310-311. Bibliographie
Le risque toxique chez la femme enceinte est une importante préoccupation pour les intéressées elles-mêmes mais aussi pour les gynécologues et les médecins du travail qui s’interrogent sur les potentiels effets délétères de certaines expositions sur l’enfant à naître.
L’application du décret CMR ( 2001) conduit à l’éviction systématique de la femme qui s’est déclarée enceinte dès lors que sont présentes dans l’environnement de travail une ou plusieurs substances étiquetées R61 "risques pendant la grossesse d’effets néfastes pour l’enfant".
Cette attitude n’est pas satisfaisante aux yeux des auteurs pour plusieurs raisons. En effet, elle ne tient pas compte du niveau d’exposition (alors que l’embryofoetoxicité est un phénomène dose dépendant).
Certaines substances ont peut être été classées reprotoxiques par excès, "aux conditions d’exposition raisonnablement prévisibles" alors que d’autres vraisemblablement plus inquiétantes n’ont pas été classées.
Les auteurs proposent une démarche différente : en effet " les nombreuses études épidémiologiques conduites à l’échelle mondiale depuis plus de quatre décennies montrent que peu d’expositions sont réellement à risque chez la femme enceinte". De nombreux composés largement présents en milieu professionnel n’ont pas de pénétration systémique significative dans les conditions usuelles de travail et ne peuvent donc affecter le déroulement de la grossesse.
Il paraît judicieux de mener "une expertise toxicologique individualisée de chaque grossesse professionnellement exposée à des substances chimiques". "Basée sur l’identification des dangers et l’évaluation quantifiée, chaque fois que possible par biométrologie, du niveau d’exposition", elle paraît offrir une alternative plus conforme aux exigences modernes de médecine fondée sur les preuves".
Maintenir à leur poste de travail des salariées enceintes pour lesquelles l’évaluation n’a pas montré de risque est une attitude parfaitement licite".
(publié le 22 novembre 2011)