La méta-analyse des enquêtes épidémiologiques publiées entre 1979 et 2006 met en relief les questions encore ouvertes sur la relation causale silice-silicose-cancer du poumon

Meta-analyses of published epidemiological studies, 1979-2006, point to open causal questions in silica-silicosis-lung cancer research T.C. Erren, P. Morfeld, C. Glende, C. Piekarski, P. Cocco La Medicina del Lavoro, 2011, vol. 102, n°4, pages 321-335. Bibliographie.

Suite à une méta-analyse précédente sur le risque de cancer du poumon chez des sujets non atteints de silicose, les auteurs allemands et italiens ont fourni des résultats plus détaillés du risque de cancer du poumon associé à la silice à la fois chez les silicotiques et les non silicotiques. L’objectif était d’examiner en profondeur dans quelle mesure les données actuelles permettent de répondre à la question pressante « Est ce que la silice provoque le cancer du poumon en l’absence de silicose » ?

Les auteurs ont mis à jour une méta-analyse antérieure sur la silicose et le cancer du poumon et comparé les résultats avec leur méta-analyse de 2009 sur les risques chez des sujets non atteints de silicose. Ils ont réalisé des méta-analyses sur les effets fixés (FE) et les effets tirés au sort [randomisés] (RE), calculé les statistiques d’hétérogénéité, stratifié le matériel d’étude, réalisé des analyses de sensibilité avec des résultats d’enquêtes modifiés et des méta-régressions pour détecter les effets des modifications. Chez les sujets silicotiques, les risques de cancer du poumon ont été trouvés doublés dans 38 enquêtes (FE : RR = 2,1 ; IC 95% = 2,0 à 2,3). Chez les sujets non silicotiques, huit enquêtes, sans ajustement par le tabagisme, suggéraient des risques marginalement élevés (FE : RR = 1,2 ; IC 95 % = 1,1 à 1,3 ; RE : RR = 1,2 ; IC 95% = 1,0 à 1,4) mais trois enquêtes qui prenaient en compte le tabagisme montraient des résultats nuls (FE et RE : RR = 1,0 ; IC 95% = 0,8 à 1,3). L’hétérogénéité était substantielle mais ne pouvait pas être liée aux caractéristiques des enquêtes, telles que le secteur industriel, et d’autres données de second ordre dans la méta-régression. Comme aucun excès n’a été observé pour d’autres effets liés au tabagisme dans les enquêtes sur le cancer du poumon chez des non silicotiques, le tabagisme n’a pas été considéré comme un facteur important de modification ou de confusion.

En conclusion, les méta-analyses des auteurs ajoutent de nouvelles preuves substantielles d’une forte association entre la silicose et le cancer du poumon. Toutefois, des questions demeurent quant au cancer du poumon provoqué par la silice chez des sujets non atteints de silicose. Dans l’idéal, de futures recherches devraient prendre en considération l’entière relation exposition-réponse classée entre exposition à la silice, développement d’une silicose et survenue d’un cancer du poumon, et analyser les données en termes de processus prenant en compte les facteurs intermédiaires de confusion.

(publié le 12 avril 2012)