Les biotechnologies : applications et mesures de prévention

C. David Hygiène et sécurité du travail, 2013, n°233, pp. 48-52. Références
Les biotechnologies sont des technologies mettant en œuvre des organismes vivants ou leurs composants afin de produire ou de dégrader des molécules, de développer des connaissances scientifiques ou des services.
Outre les risques professionnels retrouvés habituellement dans les différents secteurs d’activité concernés (risques biologiques, chimiques, mécaniques, électriques, d’incendie-explosion), s’ajoutent des risques spécifiques tels que la construction d’organismes génétiquement modifiés (OGM) et l’usage de bioréacteurs nécessaires à la multiplication des micro-organismes.
Lors de la construction d’OGM, le personnel peut manipuler des organismes ou des cellules de diverses origines, des fragments de génome, des virus (modifiés ou non), ce qui rend l’évaluation des risques complexe et nécessaire un travail en équipe. La manipulation est soumise à avis et agrément du ministère en charge de la recherche. Chaque élément entrant dans la composition de l’OGM est analysé et la production industrielle est également très encadrée.
Cet article passe ensuite en revue les différentes applications qui concernent le secteur de la santé, le secteur industriel, le secteur agricole/alimentaire et le secteur de l’environnement.
Dans le secteur de la santé, la plus grande part des nouvelles molécules thérapeutiques produites par les OGM est représentée par les anticorps monoclonaux (ACm), utilisés pour diagnostiquer et traiter des pathologies le plus souvent cancéreuses. Les opérateurs manipulant ces produits sont exposés lors d’inhalation de lyophilisat ou de piqûre accidentelle avec des solutés. Il existe peu de données concernant les dangers, toxiques, reprotoxiques ou allergisants mais une évaluation de premier niveau a mis en évidence des effets immunogènes et expérimentalement plusieurs ACm s’avèrent mutagènes, cancérigènes ou toxiques pour la reproduction.
Dans le secteur industriel, deux activités vont fortement se développer : la production de carburants de troisième génération (produits directement par des bactéries ou des microalgues dégradant des matières issues des déchets ou des eaux usées) et la méthanisation des déchets ménagers (des bactéries poussant sans oxygène dégradent les matières organiques en produisant du biogaz, qui sert à produire de l’électricité, du chauffage...). Ces installations de méthanisation exposent à des risques d’incendie/explosion ainsi qu’à divers risques chimiques et biologiques.
Le secteur agricole et alimentaire est le plus médiatisé en ce qui concerne les biotechnologies. Les recherches sont permanentes pour améliorer les performances et offrir de nouveaux débouchés. Plantes et animaux (poissons) font l’objet de modifications génétiques pour augmenter la production, améliorer leur aspect décoratif, augmenter la vitesse de croissance .....Les micro-organismes sont également cultivés pour produire de nombreuses enzymes et le secteur agricole utilise aussi les procédés de méthanisation avec les mêmes risques que dans le secteur industriel, à savoir ceux d’incendie et d’explosion.
Le secteur de l’environnement utilise aussi les biotechnologies pour dépolluer le sol, l’eau, l’air ou pour faire du compost. Des organismes vivants ou plutôt des micro-organismes (des bactéries, des moisissures, des virus, des parasites) sont utilisés et on les retrouve dans les boues, sur les surfaces de contact avec l’eau ou les boues mais aussi dans l’air ambiant sous forme d’aérosols générés par des jets d’eau à haute pression. Il est donc important de protéger les salariés. Les micro-organismes employés pour produire du compost entraînent le dégagement de gaz ammoniac (avec le risque de problèmes respiratoires). Les biotechnologies sont aussi utilisées en dépollution des sols et le personnel peut être exposé à des polluants chimiques dont la nature dépend de l’entreprise occupant anciennement le site.
Toutes ces biotechnologies ont des applications variées qui se retrouvent dans de très nombreux domaines professionnels. Les risques déjà connus dans ces divers secteurs s’ajoutent aux risques spécifiques liés à la construction ou l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés. L’importance d’une évaluation des risques, collégiale est primordiale.
(publié le 27 mars 2014)