Perception des risques professionnels par les opérateurs
Le cas de salariés de chantiers du retrait d’amiante.

C. Rousseau, A. Radauceanu Hygiène et Sécurité du Travail, 2009, n°217, p.11-21. Bibliographie
Les campagnes de contrôle des chantiers d’enlèvement d’amiante menées en 2004-2006 ont mis en évidence des écarts pouvant conduire à des pics d’exposition et à des expositions globalement trop élevées aux fibres d’amiante.
Afin d’appréhender la perception et la représentation des risques professionnels des opérateurs de chantier, une étude a été réalisée dans une entreprise de taille moyenne (48 personnes en avril 2007) œuvrant dans ce domaine. Le travail présenté ici est centré particulièrement sur la phase de retrait de matériaux et produits contenant de l’amiante et concerne 21 salariés dont 11 opérateurs de chantier dont l’ancienneté moyenne dans l’entreprise est de 3,5 ans (variant entre 2 mois et 8 ans), 5 chefs d’équipe, 4 personnes de l’encadrement et un médecin du travail. Ils ont été interrogés individuellement pendant environ 1 heure. Parallèlement, il a été effectué une observation de chantier, en dehors de la zone de confinement.
Globalement, il en ressort que les opérateurs ont conscience du danger lié à la présence d’amiante, mais l’efficacité perçue des mesures de prévention induit une relativisation voire une banalisation du risque. Ils ne se perçoivent pas plus exposés que les salariés du BTP.
On note également une difficulté à identifier l’amiante friable du non friable et une moindre dangerosité perçue du non friable.
En ce qui concerne la protection, les opérateurs au niveau du quotidien du chantier considèrent que c’est d’abord une gestion individuelle qu’ils exercent par le respect des procédures et le port des EPI mais qu’elle est renforcée par une gestion collective à la condition qu’il y ait une équipe de travail qui fonctionne bien. En ce qui concerne la responsabilité de la gestion collective, elle est plus particulièrement attribuée à l’encadrement.
La pénibilité du travail a été spontanément évoquée par les opérateurs et l’encadrement. Majorée par le port des EPI, elle induit dans certains cas une sélection dans les comportements de protection (il arrive que les opérateurs débranchent leur masque pour se déplacer moins difficilement). S’y ajoute une pénibilité "sociale" liée aux déplacements professionnels qui imposent pour ces salariés, une cohabitation à l’hôtel pendant la semaine de travail. Néanmoins, ces conditions de vie sont considérées comme non problématiques par ces salariés "nomades".
(publié le 19 février 2010)