Rayonnements optiques artificiels
Premiers pas en terre inconnue

J-P. Richez Travail et Sécurité, 2011, n° 722, pp.19-28

Les produits d’éclairage connaissent une révolution. La démarche engagée dans un objectif d’éclairer mieux et de dépenser moins d’énergie favorise l’émergence de produits encore mal évalués du point de vue sanitaire, notamment en ce qui concerne l’énergie lumineuse et le rayonnement ultraviolet.
L’enquête SUMER 2003 estime qu’environ 210 000 salariés français sont exposés aux rayonnements optiques artificiels dont 20% au-delà de 20 heures par semaine.
Des démarches sont engagées, au titre desquelles :

  • une directive européenne, transposée en droit français, qui vise à organiser la protection des travailleurs contre ces risques ;
  • un outil de calcul appelé "CatRayon", couplé à plusieurs bases de données répertoriant 400 sources les plus courantes, développé par l’INRS en 2000 et permettant de déterminer les domaines spectraux qui présentent un risque ;
  • un document de sensibilisation initié par l’INRS et les CIMP des Carsat qui doit permettre de distinguer les situations de travail à risque ;
  • un projet de norme du Comité européen de normalisation et
  • la mise à jour d’une norme internationale de 2008.

Dans certains domaines d’activité, les atteintes à la santé sont identifiées depuis longtemps. Il en est ainsi dans les verreries et fonderies, les forges et les postes de soudage où la cataracte est inscrite au tableau des maladies professionnelles n° 71 depuis 1984.
Les utilisateurs de sources optiques sont de plus en plus nombreux et de nouveaux domaines sont intéressés : les industries du spectacle , la médecine et les soins du corps, l’hygiène-propreté, le contrôle qualité, l’imprimerie traditionnelle et numérique, la chimie des polymères, l’agroalimentaire, etc.
L’INRS assiste les entreprises confrontées à ce risque et le programme s’appuie sur trois axes : sensibilisation des différents publics, transfert des connaissances et métrologie.
L’exposition prolongée aux rayonnements UV peut avoir des effets aigus et chroniques aux niveaux cutané, oculaire et immunitaire.
La diffusion croissante des systèmes d’éclairage utilisant des diodes électroluminescentes (LED) qui se caractérisent par une grande proportion de bleu dans la lumière banche émise est préoccupante à plus d’un titre, parce que :

  • l’intensité lumineuse très élevée peut provoquer des éblouissements ;
  • le caractère fluctuant peut être responsable d’effet stroboscopique responsable d’épilepsies chez les personnes à risque, d’effets sur la performance visuelle ou d’effets sur la sécurité ;
  • l’énergie véhiculée par le bleu est beaucoup plus puissante que celle véhiculée par le rouge ou le vert et peut agresser l’œil (risque de destruction des cônes réceptifs au bleu, perturbation de la contraction pupillaire), modifier l’horloge biologique et les rythmes circadiens (à 26 ou 28 heures), et favoriser le développement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge, par accumulation du stress oxydatif.

Il n’est pas question de diaboliser ces nouveaux éclairages mais de mettre en garde contre les risques et d’adopter certaines mesures préventives telles que : adapter la lumière au type de travail, modérer la puissance et filtrer en cas d’éclairage directionnel.

(publié le 8 février 2012)