Risques au travail : enquête auprès des actifs

S. Sabre, C. Suriré La Santé de l’Homme, 2010, n°408, pp.8-10. Bibliographie
Une recherche socio-anthropologique a été entreprise sous forme d’une centaine d’entretiens auprès de salariés exerçant dans des secteurs comportant des risques professionnels (salariés exposés aux fibres de substitution à l’amiante dans une entreprise de sous-traitance automobile, salariés sous-traitants du nucléaire et salariés exposés aux agents chimiques CMR dans l’industrie pharmaceutique).
Ces entretiens ont permis de faire les remarques suivantes : un grand nombre de facteurs favorisent le déni de la réalité des risques et notamment la difficulté des relations entre les travailleurs permanents et les précaires en raison de l’intensification du travail et du turn-over, de l’incohérence voire de l’inexistence des informations relatives à l’hygiène et à la sécurité.
Les entretiens montrent également "qu’il existe parfois un consensus sous la forme d’une sorte d’acceptation de la situation, de son consentement, de servitude volontaire".
A propos de la déclaration et de la reconnaissance des maladies professionnelles, ces entretiens mettent en avant le décalage entre la loi et le ressenti des victimes et les marges de manœuvre pour en assurer l’effectivité. Le rôle des associations de victimes est très apprécié par les victimes de l’amiante ou des radiations ionisantes pour leur aide dans les démarches de reconnaissance des pathologies en maladie professionnelle. Ces mêmes victimes regrettent le manque d’implication des structures syndicales pour les travailleurs intérimaires et le manque d’accompagnement par la médecine du travail.
Ce travail dresse une première critique objective de la politique de prévention du point de vue du salarié en situation de travail. Il ne permet pas d’appréhender de manière exhaustive les difficultés à mettre en place un système de prévention qui soit efficace sur le terrain. Des travaux complémentaires s’avèrent nécessaires.
(publié le 12 octobre 2010)