Risques chimiques dans les filières de traitement des DEEE

M-T. Lecler, F. Zimmermann, A. Chollot, E. Silvente Environnement Risques Santé, ERS, 2012, vol.11, n° 5, pp.378-394. Bibliographie

Les DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) atteignent des quantités très importantes. Plus de 1,5 million de tonnes sont générés par les entreprises et les ménages et leur taux de croissance est élevé.
L’objectif de cet article est de présenter une évaluation du risque chimique dans plusieurs de ces filières en France. Les principales filières identifiées sont des filières de traitement primaires (traitement des écrans et des lampes usagées) et des filières de traitement secondaires (traitement des cartes électroniques, des câbles électriques et des plastiques).
L’évaluation du risque chimique a reposé sur :

  • la caractérisation des polluants dans les différentes fractions des déchets et dans les poussières par analyses semi-quantitatives par spectrométrie d’émission plasma, granulométrie des poudres et des poussières, observations en microscopie électronique ;
  • l’évaluation des niveaux d’exposition et de pollution aux poussières et aux métaux à l’aide de prélèvements atmosphériques individuels et en ambiance, (suivis de la détermination de la concentration pondérale par gravimétrie et analyses chimiques), de mesures instantanées en lecture directe des concentrations des polluants et de prélèvements surfaciques sur la peau des salariés et sur les surfaces de travail.

Les résultats montrent des niveaux de risque préoccupants dans toutes les filières.
Dans la filière du traitement des écrans à tubes cathodiques, ont été mis en évidence de très fortes expositions des salariés aux poussières d’yttrium, d’aluminium, d’europium, de baryum, de plomb, de fer, de cérium, de cadmium, de nickel, de chrome, d’étain, de manganèse ; etc... La totalité des poussières est inhalable et 50% correspondent à la fraction alvéolaire.
Le traitement des lampes usagées expose les salariés en particulier à l’yttrium et aux vapeurs de mercure ; les vapeurs se diffusent en continu avec un pic de concentration dans les premières minutes de la mise à pression atmosphérique de la lampe. Une pollution existe sur la peau des opérateurs.
Le traitement des cartes expose aux fibres minérales artificielles. Les postes de travail et la peau des opérateurs sont contaminés par du plomb.
Le traitement des câbles électriques et le broyage des plastiques mettent en évidence des concentrations en poussières élevées.
Pour aider les différents acteurs de la filière dans leur démarche de prévention, l’INRS a émis un certain nombre de recommandations techniques.
Les principes essentiels en sont l’aspiration, le captage, et la ventilation générale couplée à un apport d’air de compensation. Certaines manœuvres tel le broyage manuel seront proscrites ; le broyage sera automatisé avec un confinement en dépression.
Sont indispensables formation et information du personnel sur le risque encouru, application de mesures d’hygiène strictes.
Une surveillance médicale renforcée complétée par des dosages biométrologiques dans certains cas est nécessaire eu égard au caractère mutagène ou reprotoxique de certains composés.

(publié le 22 novembre 2012)