Surveillance biologique des expositions professionnelles aux produits chimiques
Un outil de traçabilité sous-utilisé

F. Pillière Le Concours Médical, 2010, vol.132, n°19-20, pp.838-839. Bibliographie
L’évaluation de l’exposition des travailleurs manipulant des produits chimiques repose sur la mesure de concentration du polluant dans l’atmosphère de travail (métrologie) ou sur les plans de travail (frottis de surface) ou sur la quantité de substance ayant pénétré dans l’organisme des travailleurs (biométrologie). Dans ce dernier cas, les paramètres mesurés appelés indicateurs biologiques d’exposition (IBE) permettent d’apprécier la dose interne.
Dans ce domaine de la biométrologie, le contexte réglementaire français a évolué : le décret "risques chimiques" du 23 décembre 2003 a introduit la notion de valeur limite biologique (VLB). Le décret du 1er février 2010 insiste sur l’évaluation de l’exposition individuelle des salariés et sur la nécessité de prendre en compte toutes les expositions susceptibles de mettre en danger la santé ou la sécurité des travailleurs. Le Code du travail fait référence à la surveillance biologique des expositions qui est à la charge de l’employeur.
On constate néanmoins que la surveillance biologique de l’exposition des salariés est peu développée et sous-utilisée en France notamment du fait de l’absence de valeurs limites d’exposition (en dehors du plomb), de la complexité de la mise en œuvre et des difficultés d’interprétation des résultats.
La situation pourrait s’améliorer avec la proposition depuis 2010 des premières VLB et de la mise en place de la banque de données Biotox, disponible sur Internet en accès libre depuis 2002.
La biométrologie apparaît dorénavant comme un outil incontournable de la traçabilité individuelle et collective des expositions professionnelles aux produits chimiques.
La mise en place d’une centralisation nationale des résultats de biométrologie avec le développement d’une base de données nationale contenant des informations sur les concentrations biologiques des substances et sur les données d’exposition pourrait permettre de progresser sur la traçabilité collective des expositions professionnelles.
La biométrologie est la méthode à privilégier pour mesurer l’exposition des travailleurs et assurer la traçabilité des expositions professionnelles. Elle est plus proche du risque sanitaire que la métrologie atmosphérique. C’est une démarche d’avenir.
(publié le 8 février 2011)