Dimensions physiques et cognitives : vers une nécessaire prise en compte en maintenabilité aéronautique

F. Bernard, M. Zare, C. Murie, J-C. Sagot Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2021, vol.82, n°1, pp. 170-183. Références

L’organisation de la maintenance est reconnue pour engendrer une activité de travail pénible, voire très pénible (tâches variées, savoir-faire multiples). 62% des 2500 opérateurs de maintenance à travers l’Europe jugent leur travail pénible.

Une étude a été réalisée dans une entreprise de construction d’hélicoptères.
Une maquette physique a échelles réelles a été réalisée en impression 3D, représentant le plancher mécanique d’un hélicoptère. Quatre tâches de maintenance ont été réalisées, sélectionnées pour leur récurrence et leur représentativité en termes de gestes, de postures ou d’efforts.
Chacun des sept opérateurs a découvert les tâches à réaliser (quatre tâches à la suite comme dans le travail réel).
Équipés de cardio-fréquencemètres, les opérateurs ont verbalisé leur ressenti physique lors de l’exécution de chaque tâche et ont rempli le questionnaire de charge mentale à l’issue de la dernière tâche.
Les opérateurs sélectionnées étaient des hommes d’une moyenne d’âge de 36,7 ans ayant une pratique sportive considérée comme " loisir-modérée".
" La mesure de la fréquence cardiaque a mis en avant des Coûts Cardiaques Relatifs très élevés sur trois des quatre tâches définies initialement comme sans effort physique. De plus la charge mentale semble impactée par la charge physique sur l’ensemble des quatre tâches étudiées alors que ces mêmes tâches sont toutes considérées comme simples, courtes, appelant un savoir et un savoir-faire de base, sans usage d’outils spécifiques, sans mémorisation de séquences longues et complexes".
Cette étude montre qu’il est essentiel d’anticiper l’activité de maintenance pour mieux la concevoir et de prendre en compte les deux indicateurs de pénibilité que sont les dimensions physiques et cognitives pour mieux organiser le travail.
Les concepteurs seront dès lors mieux sensibilisés aux contraintes réelles supportées par les opérateurs de maintenance et permettront de les alléger.

(publié le 15 juin 2021)