Exposition à de multiples agents cancérogènes : identifier les groupes à risque

N. Fréry, R. Garnier, F. Moisan, Y. Schwaab Le Concours Médical, 2016, n°7, pp. 569-571
L’exposition multiple aux agents cancérogènes de la population salariée française a été estimée dans le cadre du projet Multi-Expo, à partir des données de l’enquête Surveillance médicale des salariés (SUMER) 2009-2010 qui a concerné une population de travailleurs représentative d’environ 90% des salariés en France et dont l’évaluation des expositions a bénéficié de l’expertise du médecin du travail.
Ont été sélectionnés les agents chimiques (classés cancérogènes, avérés ou probables, au nombre de 24), les rayonnements ionisants et le travail de nuit chez les femmes.
En France, en 2010, 12% des salariés ont été exposés à au moins un agent cancérogène tous types confondus et parmi eux, 757 000 avaient au moins une double exposition. Étaient exposés les hommes (78%), les femmes en âge de procréer (15%) et les seniors (7%).
Les hommes étaient essentiellement exposés à des cancérogènes chimiques et appartenaient principalement à la construction, au commerce, à la réparation d’automobiles et de motocycles et c’est dans le secteur de la métallurgie que la proportion des exposés était la plus élevée. Les principaux cancérogènes concernés étaient les émissions de moteurs Diesel, les huiles minérales, les poussières de bois et la silice cristalline.
Les femmes étaient soumises à des expositions plus variées et 50% d’entre elles appartenaient au secteur de la santé et des services, mais le secteur le plus exposant restait celui de la recherche et du développement scientifique.
2 millions de salariés étaient exposés à au moins un cancérogène respiratoire d’origine professionnelle et environ 420 000 salariés avaient au moins une double exposition d’origine professionnelle, ciblant préférentiellement le poumon et les bronches et la sphère rhino-pahryngée.
Il apparaît que l’usage des protections collectives n’a pas augmenté entre 2003 et 2010, et qu’elle est insuffisante (absente dans 35% des 3 336 500 situations d’exposition à des cancérogènes chimiques).
Les secteurs à cibler ont une spécificité de genre : les hommes dans le secteur construction et les femmes dans la coiffure et la santé.
(publié le 2 décembre 2016)