Risques biologiques en animalerie de recherche

C. Beyer, B. Lerat-Rault, S. Munch, F. Wanert, V. Caron Références en Santé au Travail, 2017, n°149, pp.43-61. Bibliographie

Depuis quelques années, l’expérimentation sur l’animal est encadrée en France afin de protéger les animaux utilisés à des fins scientifiques et éducatives en imposant des bonnes pratiques, notamment le bien-être des animaux utilisés.
Les animaleries sont devenues des unités de service ouvertes à la communauté scientifique et le métier de zootechnicien a profondément évolué nécessitant une formation spécifique adaptée. Concomitamment, la qualité sanitaire des animaux est surveillée au travers de diverses procédures.
De ce fait, le risque zoonotique en expérimentation animale est aujourd’hui fortement limité. Une revue de la littérature a permis de retrouver quelques rares cas à partir de morsure de rat, de contact cutané avec un rongeur, de blessure avec scalpel auprès d’un cochon, ou de projection oculaire à partir d’un singe.
Les risques liés à l’administration de microorganismes pathogènes pour l’homme seront évalués en tenant compte de l’excrétion éventuelle de ces pathogènes, de cette voie d’excrétion, et de la durée.
Les risques liés à l’administration de cellules humaines sur des animaux immunodéficients seront étudiés en tenant compte de l’origine des cellules greffées et du potentiel cancérogène de ces cellules en cas d’accident.
Il faut aussi compter avec les risques liés aux animaux abritant des gènes étrangers (animaux transgéniques, animaux recevant des vecteurs viraux, animaux recevant un micro-organisme génétiquement modifié, ou encore d’animaux recevant des cellules génétiquement modifiées).
Le risque allergique est loin d’être négligeable (prévalence moyenne comprise entre 20 et 30%), par le biais des urines, des phanères, du sérum et/ou de la salive des animaux mais aussi par la voie des détergents et désinfectants, des produits de fixation, des gants en latex, des poussières de bois et litières, des aliments. La sensibilisation se produit par inhalation, voie oculaire et contact cutané.
La prévention est essentielle.

  • Moyens techniques : confinement, robotisation de certaines tâches (changement des litières, lavage des cages, abreuvement automatique), gestion des fluides, locaux d’hébergement équipés de systèmes de ventilation et de filtration de l’air et de systèmes de pressions différentielles, hottes de change et postes de sécurité microbiologiques.
  • Prévention des morsures et griffures : formation des personnels sur les méthodes de contention adaptées à l’espèce, cages et lassos de contention, gants renforcés avec manchettes.
  • Élimination des déchets à risque biologique en respectant les différentes filières en fonction des catégories de déchets.
  • Nettoyage et désinfection (cages jetables, nettoyage humide et selon des méthodes validées, appropriées aux microorganismes à inactiver, désinfection chimique ou thermique).
    En dépit de tous les systèmes modernes existants, le risque reste présent lors de la manipulation de l’animal qui nécessite l’ouverture de la cage.
  • Bonnes pratiques d’hygiène (ne pas manger, ni boire, ni entreposer d’aliments dans l’animalerie, lavage régulier des mains, douche en fin de poste pour certains niveaux de confinement) et utilisation d’équipements de protection individuelle (tenue de travail adaptée, gants, masques, lunettes de protection, charlottes, sur-chaussures...).

Le suivi médical doit tenir compte des risques sus-nommés.
L’évaluation des risques permettra de définir les examens complémentaires qui paraissent indispensables et de discuter de l’indication de certaines vaccinations.
Une attention particulière doit être portée aux souris humanisées immunodéficientes pouvant être porteuses de microorganismes potentiellement pathogènes pour l’homme et pouvant excréter des agents biologiques pathogènes de manière chronique.
Des conduites à tenir en cas d’accident doivent être anticipées et rédigées clairement.

Un encadré est consacré au travail avec les primates en laboratoire de recherche. Trois infections sont à prendre en compte particulièrement : la tuberculose, l’ hépatite virale B et l’herpès simien B.

(publié le 5 mai 2017)