Travail et risques pour la reproduction : anticiper pour mieux prévenir

S. Malard Hygiène et Sécurité du travail, 2020, n°261, pp. 6-10. Références

L’impact réel entre exposition professionnelle et troubles de la fertilité, développement de la descendance ou effets sur l’allaitement, rend primordiale l’évaluation des risques, dans un objectif de prévention.
Cette évaluation concerne les substances chimiques, les nuisances physiques, biologiques et psycho-organisationnelles et cet article offre des pistes de réflexion et d’action.
Il faut tenir compte des nombreuses spécificités selon le genre, les relations dose-effet, les effets non liés à la dose, les effets difficilement évaluables, les effets différés.
La grossesse est une période particulièrement cruciale mais les effets potentiels varient selon les périodes d’exposition. Il faut s’intéresser aux fenêtres de vulnérabilité et aux seuils d’innocuité spécifiques à chaque substance chimique.
Les nuisances physiques seront elles aussi évaluées : rayonnements ionisants, rayonnements électromagnétiques, bruit, charge physique, à coté des agents infectieux et des risques psycho-organisationnels (travail posté, travail de nuit et stress).
Face à une telle complexité, il sera prudent de s’entourer de la collaboration des équipes pluridisciplinaires des services de santé au travail.

L’auteur regrette que la logique scientifique s’oppose parfois à la stratégie réglementaire qui ne tient pas toujours compte des spécificités des risques pour la reproduction. C’est ainsi que le principe de précaution devrait être réservé aux situations d’exposition susceptibles d’entraîner des effets sans seuil ou pour lesquels la détermination des seuils d’innocuité est impossible. De même, les dispositions générales de prévention des risques liés au bruit ne sont pas adaptées à la situation particulière des femmes enceintes.
Dès lors, l’information des salariés en âge de procréer est une nécessité incontournable car la réglementation visant à protéger les femmes enceintes ne s’applique qu’une fois la grossesse déclarée, alors que de nombreux risques impactent la période pré-conceptionnelle et les premiers mois de la grossesse.

(publié le 9 avril 2021)