La santé mentale des Français face au COVID-19 : prévalences, évolutions et déterminants de l’anxiété au cours des deux premières semaines de confinement (Enquête COVIPREV, 23-25 mars et 30 mars-1er avril 2020)

Christine Chan-Chee, Christophe Léon, Linda Lasbeur, Jean-Michel Lecrique, Jocelyn Raude, Pierre Arwidson, Enguerrand du Roscoät Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2020,n°13, pp.259-269. Références

Afin de réduire la propagation de la maladie Covid-19, un confinement a été mis en place le 17 mars 2020.
Santé publique France a initié une surveillance comportementale et psychologique s’appuyant sur un dispositif d’enquêtes par Internet auprès d’échantillons de la population générale avec les objectifs d’évaluer l’état de la santé mentale de la population, d’en identifier les déterminants et d’en suivre les évolutions.
Les données présentées dans cet article sont issues des deux premières vagues du 23 au 25 mars et du 30 mars au 1er avril 2020, soit après la première et la deuxième semaine de confinement.
Lors de la première vague, la prévalence de l’anxiété était de 26,7%, soit un taux deux fois supérieur à celui observé dans une enquête précédente (13,5% en 2017).
Lors de la 2e vague, la prévalence de l’anxiété avait significativement diminué à 21,5%.
En prenant en considération l’ensemble des facteurs associés aux états anxieux, "il apparaît que le genre, l’âge, le statut parental (avoir un ou des enfant(s) de 16 ans ou moins), la situation financière perçue, le télétravail à domicile, le fait d’avoir eu des proches exposés au virus, une forte gravité perçue de la maladie, ainsi qu’un sentiment de vulnérabilité personnelle face au Covid-19 déterminent le niveau d’anxiété".
Par contre, un bon niveau de connaissance des modes de transmission du virus, le fait de se sentir en capacité de mettre en œuvre les mesures de protection préconisées, de fortement respecter les mesures de confinement ou d’avoir confiance dans les pouvoirs publics pour contrôler l’épidémie sont associés à une moindre prévalence d’états anxieux.
Par ailleurs, la diminution de la prévalence de l’anxiété n’a pas été observée chez des personnes déclarant une situation financière difficile, celles de catégories socioprofessionnelles les moins favorisées ou encore celles vivant en promiscuité, traduisant ainsi un creusement des inégalités de santé en situation de confinement.

Il semble en effet que le confinement, envisagé comme un facteur de risque pour la santé mentale, aurait plutôt agi pour une majorité de la population comme un facteur de protection contre l’anxiété. Dès lors, la levée du confinement, doit interroger sur l’évolution à venir des états anxieux en population générale.

(publié le 12 mai 2020)