Asthme lié au travail. Une analyse causale prenant en compte l’effet du travailleur sain
Work related asthma. A causal analysis controlling the healthy worker effect

O. Dumas, N. Le Moual, V. Siroux, D. Heederik, J.Garcia-Aymerich, R. Varrso, F. Kauffmann, X. Basagaña Occupational and Environmental Medicine, 2013, vol 70, n°9, pages 603-610. Bibliographie.

L’effet du travailleur sain conduit habituellement à une sous-estimation de l’association entre exposition professionnelle et asthme. Le rôle des irritants dans l’asthme lié au travail est discuté. Les auteurs ont estimé l’effet de l’exposition professionnelle sur l’expression de l’asthme dans une enquête longitudinale, en recourant à une modélisation structurelle marginale pour contrôler l’effet du travailleur sain. Les analyses ont inclus 1 284 participants (de 17 à 79 ans dont 48 % d’hommes) issus du suivi (de 2003 à 2007) de l’Enquête Epidémiologique Française sur Génétique et Environnement de l’Asthme (enquête cas-témoin). L’âge à l’apparition de l’asthme, les périodes avec /sans crises au cours de la vie entière et l’histoire professionnelle ont été recueillis rétrospectivement. Les expositions à des asthmogènes connus, des irritants ou à de faibles niveaux de produits chimiques/allergènes ont été évaluées au moyen d’une matrice emploi-exposition. L’histoire professionnelle a été reconstituée par intervalle de 5 ans.

Trente et un pour cent des sujets ont été toujours exposés à des asthmogènes professionnels. Parmi les 38 % de sujets qui ont eu de l’asthme (toujours), la présence de crises a été signalée dans 52 % de toutes les périodes de temps. En utilisant les analyses standards, aucune association n’a été observée entre l’exposition à des asthmogènes connus [OR (IC 95 %) ; 0,99 (0,72 à 1,36)] ou à des irritants/faibles niveaux de produits chimiques/allergènes [0,82 (0,56 à 1,20)] et des crises d’asthme. En utilisant le modèle structurel marginal, toutes les associations augmentaient avec une preuve suggestive pour les asthmogènes connus [1,26 (0,90 à 1,76)], et atteignant la significativité statistique pour les irritants/faibles niveaux de produits chimiques/allergènes [1,56 (1,02 à 2,40)].

En conclusion, l’effet du travailleur sain a un impact important sur l’évaluation du risque dans les enquêtes sur l’asthme lié au travail. Les modèles structurels marginaux sont utiles pour éliminer les déséquilibres dans les expositions dus à la sélection entraînée par la maladie. Ces résultats soutiennent le rôle des irritants dans l’asthme lié au travail.

(publié le 16 décembre 2013)