Description de la mortalité des agents et ex-agents de l’administration pénitentiaire entre 1990 et 2008 en France

F. Moisan, T. Dourlat, J-L. Marchand Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2016, n°10, pp. 176-182
Une étude a été menée au sein de l’administration pénitentiaire (AP) afin d’analyser les causes de décès des agents ayant travaillé à l’AP entre 1990 et 2008 en comparaison à la population générale française et de comparer parmi les agents de l’AP, la mortalité suivant leurs caractéristiques professionnelles.
La cohorte comporte 32 728 hommes et 11 137 femmes. Un total de 1 754 décès a été recensé pendant la période de l’étude et la cause était connue dans 95% des cas.
L’analyse montre une sous-mortalité toutes causes par rapport à la population générale française. Aucun excès de décès relatif à des pathologies (maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires, tumeurs) n’est observé de façon significative ; cependant un excès statistiquement significatif de suicide est observé chez les hommes. L’excès concerne spécifiquement les métiers de surveillant pénitentiaire et d’adjoint technique.
Aucune association positive n’a été observée entre les indicateurs professionnels étudiés (type d’établissement, taux d’occupation carcérale) et le risque de suicide.
Plusieurs origines sont possibles : des contraintes psychosociales reconnues délétères pour la santé psychique, soit spécifiques (situation de violence, insécurité, stress, confrontation au suicide des personnes détenues), soit non spécifiques (demande psychologique élevée, faible latitude décisionnelle, faible soutien des supérieurs, manque de reconnaissance, insuffisance des effectifs, mauvaise image de la profession). L’accès dans les miradors à une arme à feu est un facteur de risque additionnel.
S’il est difficile de déterminer la cause exacte du passage à l’acte, l’excès de suicide est un constat objectif. L’AP mène déjà des actions de prévention avec la création d’un groupe de travail sur les suicides, la mise en place d’un numéro vert et de la communication en direction des médecins du travail et des préventeurs.
(publié le 3 octobre 2016)