Effets chroniques des pesticides sur le système nerveux central : état des connaissances épidémiologiques

A. Blanc-Lapierre, G. Bouvier, A. Garrigou, M. Canal-Raffin, C. Raherison, P. Brochard, I. Baldi Revue d’Epidémiologie et de santé Publique, 2012, vol.60, n°5, pp. 389-400. Bibliographie.

Cet article présente une synthèse des connaissances disponibles en avril 2011, issues des études épidémiologiques existantes, sur le lien entre les maladies chroniques du système nerveux central et l’exposition aux pesticides.

"28 études épidémiologiques majoritairement transversales, ont recherché les effets des pesticides sur les fonctions cognitives de sujets professionnellement exposés ; la plupart ont trouvé une association positive, statistiquement significative pour 15 d’entre elles. Les effets ont été initialement décrits sur des populations intoxiquées de manière aiguë par des organophosphorés. Cependant, des études plus récentes suggèrent l’existence d’atteintes neurocomportementales dans des circonstances d’exposition modérées mais répétées sur plusieurs années, impliquant particulièrement les organophosphorés mais pas exclusivement". Les conclusions demeurent fragiles en raison de plusieurs limites : définition imprécise de l’exposition, difficultés de mémorisation chez les personnes atteintes de maladies neurologiques affectant la cognition, troubles peu spécifiques difficiles à caractériser.
De nombreuses études se sont intéressées à l’étiologie des maladies neurodégénératives, dans l’espoir d’identifier des causes accessibles à la prévention. Une conférence de consensus rassemblant des experts de différentes disciplines a conclu à l’existence d’arguments en faveur d’une augmentation du risque de maladie de Parkinson chez les agriculteurs, ainsi que chez les personnes exposées aux pesticides et que ces arguments évoquent un lien direct, sans qu’il soit possible d’identifier les molécules responsables.

En ce qui concerne la maladie d’Alzheimer, la majorité des cas surviennent de manière sporadique, suggérant la contribution de facteurs environnementaux. Le nombre d’études explorant l’hypothèse d’un lien entre pesticides et maladie d’Alzheimer reste limité mais cinq d’entre elles dont trois cohortes, ont identifié une élévation du risque pour les utilisateurs professionnels de pesticides.

Idem en ce qui concerne la sclérose latérale amyotrophique (SLA) pour laquelle il existe peu d’études sur le lien avec les pesticides. Néanmoins 13 travaux montrent des associations positives entre SLA et exposition aux pesticides dont six de manière significative.

De même, la majorité des 30 études recensées mettent en évidence une relation positive entre l’exposition aux pesticides et les troubles psychiatriques (taux de dépression et de suicides élevé, surmortalité par maladie psychiatrique) dans les populations d’agriculteurs exposées à des pesticides.

Les études à venir devront utiliser des outils spécifiques pour mesurer l’exposition de manière plus détaillée (matrices emploi-exposition, prise en compte d’autres pesticides que les organophosphorés, recherche de l’exposition in utero aux pesticides ou lors de la petite enfance) et s’intéresser à l’existence de susceptibilités génétiques pour mieux comprendre la relation entre pesticides et troubles neurologiques.

(publié le 20 décembre 2012)