Epidémiologie de l’insomnie en France : état des lieux

C. Chan-Chee, V. Bayon, J. Bloch, F. Beck, J-P. Giordanella, D. Léger Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, 2011, vol.59, n°6, pp.409-422

Cet article propose une synthèse des études épidémiologiques produites sur l’insomnie en France depuis 30 ans.
Cette revue de la littérature s’est appuyée dans un premier temps sur des articles parus dans Medline entre 1980 et 2009 concernant toutes les études épidémiologiques menées en France sur les troubles du sommeil. Puis dans un second temps, il a été recherché dans la base de données en santé publique, les rapports ayant trait à la prévalence des troubles du sommeil et n’ayant pas fait l’objet d’une publication dans Medline. Enfin, il a été recherché la présence de questions concernant les troubles du sommeil dans les questionnaires et les rapports des enquêtes transversales en population générale.

Six études ont été menées en population générale. En se basant sur un seul symptôme d’insomnie sans critère de durée ni de retentissement, environ 40% des personnes sont classées "insomniaques" mais en s’attachant à une classification (au moins un symptôme depuis au moins quatre semaines, associé à un retentissement diurne social, familial ou professionnel), la prévalence est inférieure à 20%. L’effet de l’âge est communément admis : dans certaines études, les troubles du sommeil augmentent avec l’âge à partir de 45 ans mais dans d’autres, la tranche d’âge 25-30 ans serait plus touchée par l’insomnie sévère.
De plus, les insomniaques sévères font plus d’erreurs, ont plus de retards et d’accidents de travail, consultent plus souvent leur médecin, consomment plus de médicaments que ceux qui sont bons dormeurs. C’est parmi les femmes que les troubles du sommeil sont les plus répandus. Les troubles du sommeil sont aussi liés au niveau socioéconomique, au revenu, au chômage et à l’inactivité, à la présence d’une maladie chronique et aux pathologies psychiatriques.
Peu d’études se sont intéressées à l’insomnie des enfants et des adolescents, mais il semblerait qu’une maladie chronique de la mère, en particulier un épisode dépressif actuel, serait associé à des troubles du sommeil de l’adolescent.
En ce qui concerne les étudiants, ceux qui déclaraient des symptômes d’insomnie étaient ceux qui avaient une activité rémunérée, qui fumaient et qui disaient se sentir angoissés face à l’avenir.

En milieu professionnel, huit études spécifiques ont été menées entre1997 et 2003 ; il apparaît que dans le milieu du travail, les prévalences de l’insomnie ne sont pas très différentes de celles retrouvées dans les enquêtes en population générale. Mais plus que les conditions de travail, ce sont les horaires de nuit ou le travail posté qui sembleraient retentir sur le sommeil avec disparition ou atténuation des troubles du sommeil lorsque le sujet n’est pas exposé à ces contraintes d’horaire.

(publié le 12 avril 2012)