Epidémiologie : l’ère du soupçon

A. Aurengo Environnement, Risques et Santé, 2010, vol.9, n°4, pp.289-294. Bibliographie

L’épidémiologie tient un rôle fondamental dans la prise de décision médicale et l’orientation des politiques de santé.
Hélas, on retrouve souvent dans la multiplicité des études épidémiologiques, des résultats contradictoires qui désorientent le public et les décideurs.
Il semblerait que ces discordances soient en réalité liées à des insuffisances méthodologiques.
L’épidémiologie rencontre ses limites pour plusieurs raisons :

  • l’incertitude sur les expositions notamment dans les études cas-témoins qui se trouvent handicapées par le problème de l’estimation rétrospective de l’exposition. Ce n’est pas tant cette incertitude qui pose problème mais le fait qu’elle n’est pratiquement jamais prise en compte dans l’analyse statistique ;
  • le piège des sous-groupes : "la multiplicité des tests statistiques dans une même étude, et en particulier le test d’une hypothèse sur un nombre important de sous-groupes de la population étudiée, peut conduire, par hasard, à un certain nombre de tests positifs, sources d’incohérences entre les études" ;
  • l’existence de facteurs de confusion mal pris en compte ;
  • les biais d’anamnèse, notamment dans les études cas-témoins dont l’évaluation rétrospective de l’exposition aux facteurs de risque étudiés ou de confusion repose sur un interrogatoire qui apporte des données essentiellement subjectives ;
  • un manque de puissance de l’étude, induit par une sous-estimation de l’effectif ;
  • le secret des données ;
  • la surinterprétation des études qui conduit à considérer comme probables, voire avérées ou même causales, des associations dont la vraisemblance biologique est quasi nulle ;
  • l’insuffisance de pluridisciplinarité qui contrarie la maitrise de différentes disciplines.

Pour renforcer l’impact des études épidémiologiques de qualité, il est important "d’élaborer une échelle simple et lisible de validité des études épidémiologiques qui évalue prospectivement et rétrospectivement leur fiabilité méthodologique et le degré de preuve qu’elles peuvent apporter".

(publié le 9 novembre 2010)