Imprégnation des agriculteurs par les pesticides

A. Paumier, N. Sadeg, F. Brousse, P. Voide Références en Santé au Travail, 2020, n°163, pp 35-45. Bibliographie
Afin d’évaluer l’imprégnation d’une population d’agriculteurs par les produits chimiques, tout particulièrement les pesticides, une enquête a été menée en Picardie au travers de populations de "traitants" effectuant les traitements phytosanitaires comparés à des "non traitants" travaillant ou vivant sur l’exploitation et à des "témoins" sans lien avec une activité agricole quelconque.
Le cheveu a été utilisé comme support d’analyse.
Quatre séries de prélèvements ont été effectuées afin d’évaluer la contamination au cours de l’année.
29 entreprises sur les 45 ayant fait leur évaluation du risque chimique entre 2017 et 2019 ont participé à l’étude.
Les familles retrouvées les plus fréquemment sont dans les trois groupes, les insecticides, suivis des herbicides puis des fongicides.
Les sujets de ce panel de travailleurs agricoles sont deux fois plus imprégnés que les témoins par un nombre non négligeable de substances chimiques organiques qui sont majoritairement des pesticides, mais les non traitants" qui ne manipulent pas de pesticides et n’effectuent pas les traitements phytosanitaires sont autant voire plus imprégnées que les "traitants". Les paysagistes, les tenants de l’écologie utilisant peu ou pas de pesticides sont contaminés dans des proportions similaires.
Il est probable que les "traitants" enquêtés appartiennent à des exploitations "vertueuses" qui utilisent les moyens de protection recommandés, dont les EPI, mais aussi des cabines de tracteur performantes qui protègent l’agriculteur pendant la durée du traitement.
Dans toutes les séries, il y a toujours plus de substances différentes retrouvées chez les "non traitants" que chez les "traitants" et les produits retrouvés dans les cheveux ne sont pas ceux identifiés lors de l’évaluation exhaustive du risque chimique des entreprises. On peut faire l’hypothèse que les "non traitants" et les "témoins" sont exposés par leur environnement de travail ou de vie et non par les produits qu’ils manipulent.
"L’explication qui peut être avancée est que les travailleurs agricoles sont contaminés par les pesticides "circulant" dans leur milieu professionnel et provenant des sols où il se sont accumulés lors de décennies de traitements intensifs. Aujourd’hui, ils ressurgissent lors des travaux des champs et contaminent les personnes présentes". Il faudrait maintenant s’assurer que les produits retrouvés dans les cheveux soient bien ceux retrouvés dans les sols.
(publié le 13 novembre 2020)