Travailler à l’hôpital durant la grossesse : une étude descriptive nationale rétrospective en France

J-B. Henrotin, H. Béringuier, groupe de travail de l’étude GaT-Hospi Santé Publique, 2019, vol.31, n°5, pp.611-621. Références

Une étude descriptive rétrospective a été conduite du 1er avril au 31 décembre 2017 dans les services de santé au travail des hôpitaux français. Le recrutement des salariées provenait de toutes les régions françaises et d’outre-mer (excepté la Corse), de toutes les catégories d’hôpitaux français et de tous les métiers hospitaliers.
Au retour du congé maternité, lors de la visite de reprise auprès du médecin du travail, toutes les femmes étaient invitées à remplir un autoquestionnaire ciblé sur le recueil d’informations sociodémographiques.
Un questionnaire administré par le médecin du travail recherchait les informations médicales dont la prématurité et le faible poids de naissance, les données professionnelles, les conflits famille-travail, les arrêts de travail.
1 116 salariés ont été retenues pour cette étude.
Les risques biologiques sont les plus importants au poste de travail suivis par les risques physiques (station debout prolongée pour 79% des salariées, manutention de charges supérieures à 5 kg pour 58,5% des femmes).
L’exposition à plusieurs risques est fréquente : 15,6% à 1 ou 2 risques, 26,9% à 3 ou 4 risques, 51,8% à 5 risques ou plus.
S’y ajoutent les risques liés aux produits chimiques (gaz anesthésiants, médicaments de chimiothérapies, produits de stérilisation …), durées longues de travail, les horaires irréguliers, les horaires décalés, les horaires fractionnés, le travail de nuit.
Peu de salariés ont évoqué avec le médecin du travail, l’impact éventuel du travail lors de leur projet de grossesse.
30,9% ont contacté un médecin du travail pendant la grossesse et 26,8% ont bénéficié d’un aménagement de poste.
86,7% ont bénéficié au moins d’un arrêt de travail avant les congés pathologiques ou légaux et les retrait définitifs se sont manifestés surtout à partir du deuxième trimestre. Le fait d’être exposé à un plus grand nombre de risques professionnels est associé à un plus grand nombre d’arrêts.
Il n’a pas été établi de liens entre prématurité, petit poids de naissance et exposition à un certain nombre de risques physiques, hormis pour le port de charges supérieures à 15 kg et petit poids de naissance.

Ces résultat suggèrent qu’afin d’éviter les risques professionnels pendant la grossesse, les femmes recourent plus souvent à l’arrêt de travail, qu’à l’aménagement ou le changement de poste.
Pour y remédier, il serait nécessaire que les contacts entre la femme enceinte et le médecin du travail se fassent le plus tôt possible ; l’activité de prévention réfléchie et anticipée se révèlerait alors nettement plus pertinente et efficace.

(publié le 17 mars 2020)