Cybercinétose en milieu professionnel

L. Brun Références en Santé au Travail, 2020, n°161, pp. 107-113. Bibliographie

La réalité virtuelle (RV) correspond à la construction d’un monde artificiel en trois dimensions et permet d’immerger l’utilisateur dans cet environnement avec lequel il peut interagir.
Cette technologie est utilisée dans le domaine du jeu mais aussi en matière de formation ou de prévention des risques professionnels permettant l’apprentissage sans risques.
Mais l’emploi de la RV peut engendrer des symptômes (chez 20 à 80% des utilisateurs), proches de ceux du mal des transports (mais 3 fois plus élevés). On parle alors de cybercinétose.
La liste est longue : "fatigue visuelle ou troubles oculomoteurs, maux de tête, pâleur, sueurs, sécheresse de la bouche, sensation d’estomac plein, désorientation, vertiges, ataxie, nausées, vomissements". Ces symptômes peuvent durer plusieurs heures, voire plusieurs jours, pouvant affecter l’activité ultérieure des utilisateurs, dont leur comportement de conduite automobile ou de réalisation de tâches dangereuses. L’information sera donnée aux salariés.
Sachant que de très nombreux facteurs influencent la cybercinétose (les caractéristiques techniques, les caractéristiques de l’environnement virtuel, les caractéristiques individuelles, la durée et la fréquence d’exposition, les facteurs "cinématiques"), il convient d’adopter des mesures simples pour limiter ses effets :

  • prévoir des durées d’exposition courtes (10 à 20 minutes maximum) lors des premières expériences,
  • exposer progressivement les utilisateurs (sans dépasser les 30 mn) avec des pauses toutes les 10 à 20 minutes,
  • espacer les pratiques tous les 2 à 5 jours,
  • privilégier un environnement virtuel aux graphismes peu détaillés et faiblement réalistes, dont le contenu est assez statique,
  • placer les utilisateurs en position assise,
  • évaluer le ressenti de cybercinétose après chaque session
    • par des autoévaluations subjectives : dont le questionnaire du mal du simulateur [Simulator Sickness Questionnaire (SSQ)] ou le profil de nausée [Nausea Profile questionnaire (NP)] qui sont les plus utilisés
    • et par des mesures objectives de paramètres physiologiques : fréquence cardiaque, fréquence et amplitude respiratoires, température cutanée, réponse en conductance cutanée, activité gastrique.

"La réalité virtuelle n’est pas la réponse à tout et il faut rester vigilant quant aux champs d’application et à la façon de l’intégrer dans des démarches plus globales".

(publié le 28 mai 2020)