Désynchronisation de l’horloge interne : des conséquences en santé publique

Y. Touitou La Revue du Praticien, 2016, vol.66, n°5, pp. 534-538. Bibliographie
"L’horloge interne, localisée dans les noyaux suprachiasmatiques de l’hypothalamus, est sous le contrôle de facteurs génétiques (les gênes d’horloge) et de facteurs environnementaux (les alternances de lumière-obscurité et de veille-sommeil)".
La lumière est le synchroniseur le plus puissant chez l’homme de l’horloge interne. Le signal lumineux suit un trajet complexe de la rétine à la glande pinéale qui sécrète la mélatonine, uniquement la nuit avec un pic vers 2-3h . Selon l’heure d’exposition, la lumière a des effets différents : une exposition le matin avance la phase des rythmes et une exposition en fin d’après-midi la retarde.
La désynchronisation de cette horloge se produit en cas de décalage horaire lors des vols transméridiens, du travail posté ou du travail de nuit, mais aussi lorsque les synchroniseurs ne sont pas utilisés par l’organisme (comme dans les maladies psychiatriques ou le vieillissement), lorsqu’ils sont mal perçus (cécité, dégénérescence rétinienne), lorsque l’horloge dysfonctionne (dépression, cancers hormonodépendants, usage d’alcool ou de médicaments).
La désynchronisation se manifeste par des symptômes non spécifiques (fatigue, troubles du sommeil, troubles de l’humeur, troubles de l’appétit, diminution des performances cognitives ou physiques et de la vigilance, etc).
L’exposition chronique à la lumière artificielle (comme cela se produit dans le travail posté et de nuit mais aussi dans la longue vielle que s’imposent ceux qui utilisent divers médias électroniques jusque tard dans la nuit) perturbe le système circadien ; et au retard de phase, s’ajoute une dette de sommeil, génératrice de fatigue et de somnolence diurne.
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le travail posté et/ou de nuit dans le groupe 2A des cancérogènes probables, en raison de l’augmentation du risque relatif de cancer du sein chez les femmes soumises à ce type de travail sur une longue durée (de 3 à 20 ans selon les études).
(publié le 17 octobre 2016)