Horaires atypiques
Contretemps de travail

G. Brasseur, A. Bondéelle, J. Clergiot Travail et Sécurité, 2011, n°717, pp.23-37
Selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, (Dares) "seuls 37% des salariés ont des horaires de travail normaux, à savoir des semaines standard de cinq journées de travail régulières débutant le matin et s’achevant en fin d’après-midi avec deux jours de repos le week-end".
Travail le dimanche et travail de nuit deviennent des banalités sous l’effet de logiques techniques et économiques.
Ces perturbations de l’horloge biologique ont pour effet de générer des problèmes en termes de troubles de santé ou de conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Troubles du sommeil, fatigue et baisse de la vigilance sont les premiers signes décrits. Surviennent ensuite irritabilité, troubles digestifs, accidents cardio-vasculaires et peut être cancers (le CIRC a officialisé le caractère "probablement cancérogène" du travail posté de nuit).
L’étude Cécile (Cancer du sein en Côte-d’Or et Ille-et-Vilaine et environnement) a retrouvé parmi 1 200 patientes (âgées de moins de 75 ans et ayant reçu un diagnostic de cancer du sein entre 2005 et 2007), 15% de femmes concernées par le travail de nuit ayant exercé dans les secteurs de la santé, de la restauration et des transports ; et les résultats vont dans le sens d’une association entre travail de nuit et cancer du sein.
Les troubles du sommeil sont les symptômes les premiers perçus par les travailleurs postés qui accumulent au fil du temps une dette de sommeil. Des outils sont à la disposition des médecins pour en savoir plus sur la vigilance : le questionnaire CARESSE (coucher, apnées, rythme et régularités, sieste, entourage et environnement), l’échelle d’Epworth et des instruments de mesure tels les actimètres.
Des expériences de siestes au travail ont été proposées dans certaines entreprises ; les évaluations montrent faisabilité en entreprise et résultats positifs sur les salariés qui en tirent d’importants bénéfices en termes de qualité de vie.
D’autres expériences ont été proposées notamment des techniques de "réactivation" qui consistent à stimuler le travailleur en jouant sur l’ambiance lumineuse, sonore, ou climatique ou encore en tentant de rompre la monotonie du travail en diversifiant les tâches.
Tout le monde ne réagira pas de la même manière aux décalages de l’horloge biologique et il conviendra de tenir compte du sexe, de l’âge, de la situation familiale, de la présence d’enfants au domicile, du salarié, du type de contrat, de l’éloignement du lieu de résidence ; mais globalement le travail de nuit conduit à une désocialisation difficilement acceptable sur le long terme.
Il faut alors jouer sur les aspects organisationnels notamment agir sur la fréquence des rotations, leur sens (le sens horaire est moins nocif que le sens anti-horaire) et la durée de travail sur les postes mais également sur l’intensité lumineuse. Il faudrait prévoir des pauses (heures au choix), voire une sieste et éduquer sur l’hygiène de vie.
Le personnel navigant des compagnies aériennes est particulièrement sollicité et le service médical a mis en place un suivi très exigeant et a proposé à la faveur d’un forum santé des modules de sensibilisation à l’hygiène de vie (repas, sommeil, repos) et un dépistage des apnées du sommeil.
Les entreprises de transport routier sont aussi très intéressées par ce problème de la vigilance et l’expérience d’un service interprofessionnel de santé au travail est rapporté (dépistage des troubles de la vigilance par questionnaire et dépistage des apnées puis orientation éventuelle vers un médecin spécialiste). Sur 35 chauffeurs, 14 présentaient des réponses préoccupantes aux questionnaires. De l’importance d’y porter intérêt !
(publié le 21 juillet 2011)